"Ta ligne de vie est très jolie/ Ta ligne de cœur ne m'fait pas peur/ Et ton destin/ Il est pour nous Martin/ Lala lala lala"... Par leur naïveté feinte, les textes du Porte-bonheur devraient en rebuter plus d'un. Oh, entendons-nous bien : ceux-là n'ont rien compris. Car l'univers de la Grande Sophie, construit autour de la Kitchen Miousic -"un mouvement des années 95 qui considère l'activité musicale comme peu différente du quotidien", dixit la jeune femme-, porte en lui cette candeur toute adolescente, dont on ne peut se moquer. On y parle ainsi Des choses qui arrivent à tout l'monde, c'est-à-dire de La vie, le temps, l'amour. De fait, Le porte-bonheur est un disque mordant et euphorisant, rempli des convictions basiques de l'existence. Ça peut faire doucement sourire. Mais pas trop longtemps, vu que les revendications godiches de la Grande Sophie, ce sont les nôtres, ce sont les vôtres. Pour un peu, on la prendrait même pour l'épigone français de Polly Jean Harvey. Côté mélodies, les guitares sont terriblement exaltantes et sucrées. Importées de cette époque glorieuse où la Grande Sophie, après un aller-simple Marseille-Paris, enthousiasmait les troquets les plus branchées de la capitale par ses reprises des Pretenders ou de Françoise Hardy. Ces influences se font particulièrement entendre sur Sa petite volonté, Martin, ou encore Chéri, trois chansons magiques et accrocheuses, trois gris-gris à agiter les jours de pluie. A noter enfin à la réalisation du Porte-bonheur, la concision de Phil Délire -guide spirituel de Noir Désir, Alain Bashung, Les Elles-, qui enrichit abondamment et intelligemment les compositions électriques de la fille au long cou, sans toutefois les alourdir. Vive la légèreté, et à bas la complexité, tel serait son credo. Comme la Grande Sophie le dit si bien -avec malice donc-, Le porte-bonheur est un opus de "between music".