Le journaliste nous propose une véritable hagiographie. Il se livre à un hommage vibrant, appuyé et sans nuance à Betty de Rothschild et sa famille.
Plus encore qu'un exercice d'admiration, il s'agit d'un véritable plaidoyer en faveur de ladite famille.
En effet, le Portrait peste, à titre posthume, contre les ingrats de tous poils... Une accumulation de ressentiment vient se superposer à celle des objets et demeures de luxe. Asphyxiant...
J'espérais, en ouvrant ce livre, que le Portrait, sur ses cimaises successives, serait prétexte à la narration des rencontres de la vie de salon : écrivains, artistes... Eh bien ! ces derniers sont perçus comme... des obligés dénués de reconnaissance, des personnes intéressées quémandant sans arrêt. Quelle déception... que ce témoin qui récrimine sans cesse ! De l'art ? oui ! celui de faire de l'argent.
Le livre s'ouvre sur les obsèques du Portrait et le journaliste ne manque pas de relever que les « bénéficiaires » des nombreuses (incalculables ?) bonnes aeuvres de son héroïne s'y pressaient. Le roman se termine non pas par les traditionnels « remerciements » aux personnes ayant mis à disposition des archives... mais par une « reconnaissance de dettes » ! On compte beaucoup trop dans de roman...
Un comptable serait le bienvenu, d'ailleurs, qui convertirait toutes les sommes d'argent mentionnées (successions, donations et passim) et nous donnerait un ordre de « grandeur » (dans tous les sens du terme...).
Un cuisinier percevait moins de 400 francs mais bénéficiait en « compensation » (dixit P. Assouline) de dix aides et d'un budget illimité pour les victuailles... Mais, euh... la responsabilité d'une équipe est une charge non ? et les aliments n'étaient pas consommés par ledit cuisinier si ?
Les manières tudesques, les bévues du mari et oncle du Portrait qui déplore vivement la disparition progressive des mariages endogames... sont désopilantes. Un homme qui troque son prénom Jacob contre celui de James... et se fait respecter, craindre plutôt qu'aimer...
Je préfère Daniel Arasse et son interprétation spirituelle d'un autre tableau d'Ingres : Madame Moitessier dans Histoires de peintures. Le Portrait est d'ailleurs jaloux de l'accrochage de ce tableau dans les diverses expositions car il est mieux considéré...
Un passage émouvant, et conté avec force, sur la « déportation » du Portrait dont la famille est, en réalité, spoliée lors de la seconde guerre mondiale, sauve ce livre. C'est le seul moment que je conserverai de ce texte.
Bonne lecture !