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Je déplore régulièrement le sérieux des auteurs français, qui semblent dédaigner l'humour sous ses formes les plus jubilatoires (la malice, l'auto-dérision, l'absurde et la satire) préférant la farce classique, les plaisanteries éculées ou, le plus souvent, privilégiant manifestement la "lettre" aux dépens de la joie d'une bonne histoire bien racontée, soignant leur style à l'excès - ou même l'épurant jusqu'à une médiocrité se voulant populaire...
Parfois, par miracle, un auteur français (comme Marie-Aude Murail et son incontournable
Miss Charity) vient me détourner des mes auteurs anglo-saxons, suscitant mon enthousiasme - ainsi que mon soulagement : non, les auteurs français ne sont pas tous dénués d'un délicieux sens de l'humour, d'un genre, avouons-le, "so british".
Christophe Mauri a un très beau style, littéraire et soigné, mais aussi sobre, efficace et pétri de malice. Cette dernière qualité, celle de manier l'humour paragraphe après paragraphe, dans une tonalité au second degré permanente, ne manquera pas de détourner l'intérêt de certains lecteurs, ceux pour qui ce genre d'humour n'offre aucun intérêt, voire même suscite l'agacement. Pour tous les autres, ceux qui ont dévoré en boucle les Astérix de Gosciny, pouffé sur les blagues de Garfield ou de Calvin (j'y reviendrai à celui-là) et qui n'ont jamais perdu le goût des contes, et bien, ce livre, que vous soyez grand ou petit, est pour vous !
Mathieu est un horrible enfant. Il ne vit que pour faire des bêtises, ou plus précisément pour établir son nouveau record de bêtise lors de son prochain anniversaire, 10 ans cette année. Il jubile ainsi de pouvoir exaspérer et rendre fou son pauvre père, et ne recule devant rien, tel un petit génie de l'entourloupe.
"Mathieu Hidalf se réveilla de très bonne humeur, parce que ce jour-là, pour la première fois, il fêtait ses dix ans. Bien sûr, dix ans, c'était trop peu pour être libre ; c'était trop peu pour tomber fou amoureux ; c'était trop peu pour devenir Prétendant Elitien et trop peu pour déposséder son père du manoir de ses ancêtres.
Mathieu Hidalf se leva d'un air maussade, ayant complètement perdu sa bonne humeur, à cause de tout ce qu'il ne pouvait pas encore accomplir à dix ans. Avoir dix ans ne servait à rien, c'était un scandale !"
Sa journée de dix ans ne fait que commencer, elle va se compliquer à l'envi dès les premières minutes, son père ayant fébrilement prévu une contre-attaque, qui permettra au lecteur d'apprécier le tempérament de chacun des membres de la famille du petit prodige-des-méfaits-en-tout-genre. Puis, très vite, s'ajoutera une Crise Royale, à laquelle Mathieu se trouvera bien entendu mêlé.
Mathieu Hidalf est assez insupportable mais pourtant très attachant. Très vite on comprend que la caricature n’est pas de mise, que la prédilection du petit garçon à contredire, contrarier, fomenter et chambouler n'empêche pas la chaleur des liens familiaux, en particulier au sein de la fratrie. La magie de l'enfance est très présente dans ce petit livre, celle de l’invincibilité des enfants bien-aimés.
De toute mes lectures, c'est à Calvin (
Calvin et Hobbes Intégrale, Tome 1 :) auquel j'ai le plus pensé en lisant ce premier livre de Mathieu Hidalf, pour son génie indéniable, son intelligence diabolique et son indifférence parfaite face aux catastrophes causées par ses méfaits.
Du côté français Calvin m'a également évoqué Arsène Lupin (pendant qu'on y est :
ARSÈNE LUPIN - Les Aventures Complètes), par son ingéniosité à contourner la loi, à s'entourer de personnes influentes et/ou utiles et par son incroyable sentiment de supériorité, qui le conduit à accueillir l'admiration de son entourage (enfin, ceux qui parient sur lui !) comme un dû, avec une arrogance blasée.
Mon fils de 16 ans, un lecteur très solide, a lui aussi adoré ce livre ("très bien" a-t-il dit, compliment dithyrambique s'il en est !) et je crois bien que Mathieu a de bonnes chances de se tailler une figure de référence dans la famille, en compagnie de Bartiméus (
La trilogie de Bartiméus, Tome 1 : L'Amulette de Samarcande, Garfield, Calvin et chacun des personnages dont le profil insolent, bêtisier et irrévérencieux ravit l'enfant qui sommeille toujours en nous !