Paul Jorion s'est fait une réputation d'iconoclaste clairvoyant (ayant "prédit" la crise des subprimes).
Je pense qu'elle est essentiellement due à un esprit d'analyse rigoureux, mais aussi à une position précise et avantageuse (dans le monde de la finance américaine) avant le krach des subprimes, qui lui permettait tout naturellement de voir le boulon qui allait sauter, parce qu'il avait le nez dessus.
Partant de là, il tient un blog où il joue au chat et à la souris (comme dans les médias d'ailleurs) persistant à dénoncer précisément (et de manière convaincante) un système "à l'agonie", mais refusant jamais de "se mouiller" pour décrire concrètement, non pas comment l'améliorer (il le tient pour non amendable ; avec des raisonnements convaincants), mais comment s'en sortir ; une des limites de sa réflexion tient dans son refus de prendre en compte la moindre critique de l'Euro et de l'Union Européenne (tout avis contraire étant d'ailleurs combattu avec violence par des modérateurs peu modérés)
Une autre raison qui limite l'intérêt de ses propos (et j'en viens là, au livre dont question ici) tient sans doute dans son positionnement psychologique en marge des universités et autres 'institutions' (et même en marge de l'économie, puisqu'il est anthropologue) : à lire ce livre, on a trop souvent l'impression de longs développements visant à 'en mettre plein la vue' et démontrer une culture scientifique sur-académique ; dommage, car il sait être clair sur des points précis, mais l'ensemble a le côté construit d'une thèse d'étudiant.
Plus concrètement, la vocation de se livre est de dépasser des visions classiques de la notion de "prix" (visions tendant à rattacher cette notion à la valeur des choses auxquelles on attribue ce prix) et à retrouver par là une vision antique (celle d'Aristote, voyant dans le prix, le reflet non de la chose, mais de la valeur sociale des parties au contrat de vente) ; au total (sauf en ce qui concerne des modes de production quasi-disparus : telle les pêcheries des îles bretonnes), on assiste à une débauche d'efforts visant à faire sortir par la porte la théorie de l'offre et de la demande, pour la voir sans cesse rentrer par la fenêtre et n'être finalement assassinée (dans un domaine très technique et limité) que par les ordinateurs des traders.
Intérêt limité.