Avant d'ouvrir l'ouvrage tout récent de Francis Deron, j'avais déjà lu au moins cinq ou six ouvrages de témoins qui avaient vécu la tragédie du Cambodge au cours des années 1975-1979, y compris. celui de François Bizot ("Le Portail") qui avait eu la chance de s'en sortir et celui de la généreuse et inconsciente Laurence Picq, engagée dans l'œuvre criminelle des khmers rouges ("Au-delà du ciel : une jeune Française cinq ans chez les Khmers Rouges"). Ces précédentes lectures étaient suffisantes pour qu'on réalise l'ampleur de la folle tragédie qu'avaient vécu, des millions de Cambodgiens chassés des villes après la victoire des Khmers rouges mais je me posais de nombreuses questions pour comprendre comment ce pays avait pu être victime d'un régime aussi aberrant.
L'ouvrage de Francis Deron m'a fourni plus d'éclaircissements et de réponses que tous les autres à ces questions. Par exemple, je savais déjà que les millions de victimes faisaient partie des citadins chassés de chez eux et mourants du fait des conditions de vie affreuses (dénuement, faim, travaux forcés jusqu'à l'épuisement, maladies, etc.). Je savais aussi que plus de 10 000 autres, furent les victimes directes du sinistre centre d'interrogation S-21 de Tuol-Sleng à Phnom-Penh. Mais ce que j'ignorais était que les victimes de ce camp S-21 étaient en majorité des Khmers rouges souvent cadres du régime. Suspectés de déviation à un titre ou à un autre, ils étaient arrêtés, interrogés, torturés, jusqu'à ce qu'ils avouent ce qu'on voulait qu'ils avouent et ils étaient ensuite exécutés puisque coupables. Autrement dit, on retrouvait là le modèle que le stalinisme a rendu classique, celui d'un régime maladivement soupçonneux qui dévore ses propres enfants. Ce livre m'a permis aussi de mieux comprendre le rôle complexe qu'a joué l'antagonisme atavique entre le Cambodge et le Viet-Nam et la responsabilité des USA du fait de leur intervention dans cet situation conflictuelle. Ce sont là quelques exemples des interrogations que ce livre m'a permis de lever. Il y en aurait encore beaucoup d'autres.
En résumé, ce que j'ai le plus apprécié dans cet ouvrage c'est la richesse des précisions aidant à comprendre les aspects complexes de la tragédie cambodgienne.