En choisissant ce titre, j'étais sûre de faire une jolie découverte.
Et dès que je me suis plongée dans ce livre, j'ai été enthousiasmée ! C'est une magnifique histoire.
Les personnages tout d'abord, nous sont présentés de façon terriblement touchante. Le vieux professeur, Simon, qui traîne sa misère à chaque rentrée des classes. On sent à quel point chaque confrontation avec une classe est pour lui une souffrance. Bella, sa femme, si douce et attentionnée, sait garder ses distances et respecter le tempérament de son époux. Et enfin Malik, le petit dernier d'une famille algérienne, sensible et passionné par la musique et qui rêve d'apprendre le violon. Ces caractères, tous d'une très grande sensibilité, décrits avec finesse, sont la grande force de ce livre. Le dessin de Serge Bloch, en couverture, traduit merveilleusement cette émotion.
Et puis, il y a l'histoire. Enfin, les histoires devrais-je dire. Et même les histoires et l'Histoire ! Parce que si ce livre nous raconte la rencontre de ce jeune garçon avec son vieux professeur, il nous parle aussi de beaucoup d'autres sujets ! La place de l'individu dans le groupe tout d'abord et l'image à laquelle chacun pense devoir se conformer pour y être intégré. La peur de l'autre aussi ou cette méconnaissance de l'autre. Ces professeurs de musique du centre-ville résidant dans des maisons cossues qui ne côtoient pas les jeunes de la cité, là-haut. Et réciproquement. Ce lien entre le professeur et son élève, c'est aussi la rencontre entre un jeune garçon de culture musulmane et un vieux juif qui ne croit plus en Dieu. La rencontre entre ces deux mondes passera par les femmes, par les mères.
L'Histoire, avec un grand H, c'est l'histoire de Baba, le grand-père, pris par hasard dans les évènements de 1961 nés de la guerre d'Algérie. C'est aussi celles de Simon et de Bella, deux enfants juifs pris dans la tourmente de la seconde guerre mondiale et qui connurent les camps de concentration.
Derrière ces souffrances, la musique apparaît comme le souvenir de temps meilleurs. Le violon, lui, est un tabou dans les deux familles, et ce depuis ces périodes douloureuses.
Ce roman pour enfants (à partir de 10 ans) est d'une très grande richesse. La plume de Yaël Hassan est d'une très grande sensibilité, d'une grande douceur.
Une belle découverte.