La vie d'Imre Kertész, prix Nobel de littérature 2002, est marquée par l'absurdité du destin ou plus exactement de l'absence de destin. Juif hongrois d'origine modeste, il est déporté à Auschwitz en 1944 à l'âge de 15 ans. Seul survivant de sa famille et de ses proches, il retrouve Budapest en 1945 et commence à travailler dans un journal, mais est rapidement mis à l'écart par le régime communiste qui se durcit, perd pour cette raison ses emplois successifs, et se consacre dans la solitude à l'écriture et à des traductions de l'allemand. Ses écrits sont refusés par les éditeurs dans la Hongrie communiste et il devra longtemps garder pour lui seul son expérience de l'univers concentrationnaire face auquel son ironie, son humour tragique devant l'absurde, son refus, seront l'unique antidote autorisant une quelconque survie. Ce n'est qu'après 1985, et surtout après l'effondrement du rideau de fer que son oeuvre connaîtra un tardif succès et sera éditée et traduite. Le présent roman, autobiographique, raconte les tribulations de l'écrivain Köves, qui revient dans sa ville d'origine après une longue absence, constate que de nouveaux maîtres imposent leur loi au pays, et que le refus de ses manuscrits (dont il comprend peu à peu qu'il est organisé en sous-main) fait de lui un paria, un être sans existence. C'est une belle leçon de résistance qui provoque un sourire amer communicatif!