« Le choc des civilisations n'aura pas lieu », affirme dès l'introduction les auteurs de cet essai stimulant, à contre-courant des idées reçues sur un conflit entre l'Occident et l'Islam. Démographe pour l'un, historien-démographe-anthropologue pour l'autre, ils tordent le coup à la thèse, si souvent reprise et vulgarisée depuis, émise par Samuel Huntington en 1993 dans son « Clash of civilisations ». A la suite des analyses démographiques émises dans le dernier ouvrage de E. Todd, « Après l'Empire », qui montraient que le monde tendait vers une alphabétisation universelle, un contrôle de sa fécondité, et donc à une « démocratisation universelle ».
Les auteurs montrent que l'Islam est aujourd'hui entré dans la modernité. L'alphabétisation des hommes et des femmes progresse, la natalité baisse ' la fécondité dans le monde musulman est passée de 7,5 à 3,6 enfants par femme entre 1975 et 2005, les sociétés se modernisent car « le contrôle des naissances est à la fois le symptôme et le levier d'une large transformation anthropologique ». Bref, l'Islam se rapproche, à l'instar des autres régions du monde, de l'Occident. La thèse est décapante. Toutes les sociétés ont traversé, pendant leur transition démographique, des crises graves dues aux bouleversements des rapports anthropologiques : révolutions en Angleterre ou en France ; totalitarismes en Russie, Allemagne, Japon; guerres civiles au Liban...
Les crises actuelles du monde islamique (fondamentalisme, terrorisme islamiste,...) ne seraient que les symptômes d'une modernisation en cours, car l'islam n'est pas une religion hostile à la modernité. L'ouvrage, par une étude pertinente et riche des statistiques démographiques, met en valeur la diversité du monde musulman et offre une vision optimiste de l'avenir, à l'image de son joli titre. Certaines comparaisons sont critiquables, la seule approche démographique appelle à des nuances, mais c'est également l'intérêt de cet essai stimulant, celui d'amener le lecteur à la réflexion.