Ce qui est très remarquable avec Mankell, c'est que la qualité ne faiblit pas... C'est la marque des plus grands que d'être capables, opus après opus, et même lorsqu'ils abandonnent leur héros fétiche, de continuer à écrire avec la même profondeur, le même talent et la même réussite émotionnelle et esthétique. Le précédent ouvrage traduit en français, "Avant le Gel", mettait en scène la fille de Kurt Wallander, le policier dépressif et génial des premiers Mankell, et c'était déjà une réussite. Cette fois-ci, un autre homme, plus jeune et malade : même satifecit. Je me demande souvent ce qui fait de Mankell le plus grand auteur vivant de romans policiers : sans doute une maîtrise impressionnante de la narration, une écriture à la fois lente, serrée, nerveuse et poétique, un talent inouï pour camper personnages et atmosphères et pour faire de la Suède, ce pays qui n'attire personne, une lande abrupte traversée d'épopées - mais ce serait oublier ce qui berce tout au long de la lecture, qui résonne en soi longtemps après la dernière page : ça parle des hommes et ça en parle à merveille.