"Le rire de l'ogre" qui s'ouvre sur un conte qui au final synthétise parfaitement ce que représente cette œuvre est un très beau roman, très bien écrit, très poétique (dans le sens le plus noble du terme), tout en sensibilité, en finesse et bourré de toute la palette des sentiments humains qui vont des blessures profondes et irréversibles à l'amour ressenti pour les proches en passant par les rayures, les bosses, les désirs de vengeance, les révélations, les "bombes à retardement" , les grandes et les petites joies auxquels la vie nous confronte. Pierre Péju nous positionne face au temps qui file tel une anguille entre nos mains et exacerbe en nous l'envie de profiter de l'instant et des êtres qui nous sont chers.
Les personnages de ce roman, Paul Marleau le narrateur, Clara Lafontaine liée à tout jamais par un fil et une connexion cérébrale invisibles à ce dernier, Max Kunz, philosophe et ancien d'Algérie, Jeanne, femme de Paul mais avant tout femme fascinante et extraordinaire, le docteur Lafontaine le père de Clara et son compagnon de malheur le lieutenant Moritz "blessés" à vie par la guerre, Philibert Dodds, initiateur de Paul en matière de sculpture, Léon le réceptionniste des "Trois Lions" ou encore Edouard l'oncle de Paul, tous, dans leur registre, sont plus intéressants à analyser les uns que les autres.
"Le rire de l'ogre" dégage une grande émotion et je dois avouer que les larmes me sont montées aux yeux à plusieurs reprises. La fin du roman est de plus très réussie.
Je ne parviendrai pas ici, en quelques lignes, à retranscrire fidèlement et sans trahir l'auteur ce que représente ce "rire de l'ogre" et le mieux est encore de le lire pour en ressentir tous ses effets et toutes ses vertus.