À partir de 10 ans.
L''auteur, Alain Gerber, est un incontestable grand spécialiste de l''histoire du jazz. Il s''est d''abord illustré dans ses nombreuses présentations d''émissions jazzistiques sur France Musique et France Culture puis a publié quelques biographies romanesques de certains grands noms du jazz.
Dans cet ouvrage, ce sont les jeunes lecteurs que l''auteur initie à l''histoire du jazz de la Nouvelle-Orléans qui a ses plus importantes racines au c½ur des communautés noires.
Le récit débute au début du XXe siècle dans le Sud des États-Unis où deux jeunes garçons, dont l''amitié dépasse outrageusement le racisme omniprésent puisque Léon est noir et Noël est blanc, rêvent ensemble à longueur de journées devant un cornet à piston qui trône dans la vitrine du magasin de musique de la ville et que leurs conditions sociales n''autorisent qu''à dévorer des yeux. Pourtant, la musique palpite déjà et sourd viscéralement au plus profond de leur être.
Un terrible malentendu va les séparer et conduire Léon à découvrir les tentacules du racisme, de l''injustice et de la cruauté. Il sera condamné pour vol, éloigné de son ami et enfermé dans une maison de redressement. Pourtant, malgré ses déboires derrière les barreaux, Léon va rencontrer en ces lieux celui qui va influencer en profondeur sa vie de musicien et révéler ses talents : le gardien Capitaine Lewis.
L''histoire se poursuivra dans les années 30 à Chicago où les deux amis d'enfance se retrouveront avec pour lien toujours cette musique qui les habite immuablement.
L'auteur, dans cet ouvrage poignant, exploite implicitement et avec justesse le sort réservé aux noirs en ces lieux et époques (qui n''a que peu évolué soit dit en passant) où le moral n''avait qu''une seule couleur, le bleu, couleur du désespoir collé et vibrant en profondeur (ce «blues» qui influence très largement le jazz).
« Noir, c''est ma couleur du dessus : la couleur de ma peau. Bleu, c''est ma couleur du dedans. Chez nous à la Nouvelle-Orléans, en bas de l''Amérique, on ne dit pas qu''on est triste, on dit qu''on est bleu.»
Il est des passages d''une réelle poésie et d''une telle intensité qu''ils révèlent la profonde passion de l''auteur pour cette musique notamment quand il décrit la prise de contact de son jeune personnage avec l''instrument.
Une très belle histoire, contée avec passion, qui incite à coup sûr à écouter et réécouter quelques airs de jazz notamment de Louis Armstrong et Bix Beiderbecke à qui l''auteur fait sans doute référence dans ce livre.
Vraiment, une très intéressante exhortation qui permet aux plus jeunes de découvrir cette musique et sa genèse par le biais d''une histoire tout à fait touchante.