Avec ce texte où les aventures se succèdent et où pleuvent les coups, Scarron réussit la gageure de réunir le monde du roman et celui de la comédie, alors même que les codes esthétiques de l'époque l'interdisaient. Défile devant nos yeux ébahis toute une galerie de personnages, plus hauts en couleur les uns que les autres, depuis Ragotin, le "demi-homme" grognon et plein d'orgueil jusqu'au sieur de La Rappinière,digne représentant de l'ordre qui redissimule un passé bien douteux. Tous les éléments du picaresque semblent réunis: l'errance sur la route, les hôtelleries où l'on se raconte des histoires pour oublier la noirceur d'un monde où triomphent la malice et le vice, la misère qui amène un avare à téter sa propre femme qui vient de sortir de couches...Pourtant, entre deux portraits-charge qui ne ménagent rien n'y personne (Le Destin n'épargne pas même ses parents), les nouvelles espagnoles viennent redonner un vernis d'idéal et de merveilleux à une réalité qu'on sait sordide. Chatoyant, irisé, le texte, hétéroclite comme les morceaux rapiécés d'un costume de théâtre, devient une véritable miscellannée offerte à un lecteur idéal qui goûterait à la fois les délices du conte galant et le réalisme acide des saynètes burlesques.