L'Islande était, il y a encore peu, un pays inconnu, sinon oublié.
Depuis les sept romans traduits en France d'Arnaldur Indridason, depuis une crise financière insensée (2009), depuis qu'un volcan a semé la panique sur la planète entière en mai 2009, l'Islande désormais fait (presque) partie de l'Europe.
L'Islande s'éveille, donc, mais avec une gueule de bois, ce qui préoccupe les auteurs de romans noirs. Le troisième roman du journaliste Arni Thorarinsson jette l'ancre dans les fjords de l'ouest et remet en selle Einar, reporter désoeuvré et détective malgré lui, rencontré déjà dans Le Temps de la sorcière et Le Dresseur d'insectes.
Einar, poussé par un rédacteur en chef peu scrupuleux, traque le scoop dans une cité endormie, Isafjördur. Il s'y ennuie ferme, assiste au désastre de la presse (chute des ventes et chute de la liberté d'écrire), se coltine des politiciens véreux, des gamins paumés, des stars pas encore révélées, des immigrés apeurés.
Car Isafjordur, vieille bourgade endormie de la région des Fjords de l'Ouest, ne ressemble pas aux images de geysers et de poneys poilus qu'on se plaît à plaquer sur l'Islande.
Dédiée à la pêche, rompue à l'ennui, elle subit de plein fouet l'appel de la modernité, la crise économique et la fin promise d'une insularité sécurisante y sèment le trouble ; des maisons brûlent, des footballeurs disparaissent, des tombes sont profanées....
Radicalement moins sombre que les précédents opus, ce Septième Fils joue la carte de l'humour tendre. Einar, qui a aussi quelques soucis de coeur, s'agite dans une Islande inconnue des tour-opérateurs. L'île abrite des failles volcaniques. Désormais, elle se craquelle, et de fractures politiques en failles sociales, elle perd le nord.
Le septième fils est une enquête à l'ancienne, comme on les aime. A Isafjordur, entre deux tempêtes de neige, les combats des uns rejoignent les secrets des autres : les affaires de famille éclatent, les jalousies brisent les mensonges, les bafoués relèvent la tête.
Sur fond de blues et de presse à scandale, Árni Thórarinsson fait d'une histoire ordinaire la cristallisation saisissante d'une société chamboulée, rongée par l'alcool et les mésalliances.
Arni Thorarinsson écrit son pays, une nation perdue dans la mondialisation, mais où tous les espoirs sont permis !