Voici un livre original que nous propose Dominique de Villepin : étudier la carrière de Bonaparte, mais en parlant de ce qui ne va pas, de ce qui est vicié dès le début de l'aventure !
Premièrement, le jeune Bonaparte, protégé de Barras, le plus grand satrape de l'époque, admire et a été ami avec les frères Robespierre, et, par ailleurs, il admire l'ancienne noblesse dont il fait partie tout en adhérant franchement à l'idéal révolutionnaire, ce qui le place d'emblée dans une posture impossible à tenir, entre jacobinisme égalisateur et terroriste, et ordre bourgeois ; toute sa vie, il cherchera à concilier ces deux idées irréconciliables, sans y parvenir.
Deuxièmement, le Consulat. Espérant être appelé, nommé, acclamé, Bonaparte, par manque de confiance et par impatience, fait évacuer la sale du Conseil des Cinq cents le 18 brumaire ; de là naîtra l'insoluble problème de la légitimité qui le hantera jusqu'à la fin ; en effet, jamais les cours européennes ne reconnaîtront "l'Usurpateur" qui attendra tout de même quatre ans après le coup d'Etat avant de s'auto-sacrer empereur.
Troisièmement, et c'est à mon sens le problème le plus intéressant car le plus actuel : Napoléon est seul ! Suivi avec enthousiasme et sincérité par le Peuple, qui de toute façon a toujours répondu présent à tous les appels, il l'est en revanche beaucoup moins par la bourgeoisie, nouvelle classe dominante qui a obtenu ce qu'elle voulait : la fin des privilèges qui l'empêchaient de contrôler le pays, et l'instauration de la république, horizon indépassable du Bien apparemment. Maintenant, les bourgeois, industriels ou régicides, veulent profiter, et ne plus prendre de risques, d'où une mauvaise volonté à servir la France qui va aller s'affichant de plus en plus ouvertement. Napoléon recrée bien une noblesse, fondée sur le mérite, mais c'est peine perdue : tous veulent des biens, des titres, une vie de loisirs, et lui seul est prêt à se battre !
Il va perdre par l'élite bourgeoise qui est encore aux commandes en France, et qui, selon moi (je digresse mais c'est parce que certaines analyses et citations de M. de Villepin me font penser à la France actuelle ; lire les deux premiers chapitres de ce livre !) est responsable de la débâcle de 1870 (refus du parlement d'octroyer des crédits supplémentaires, puis vote en faveur de la déclaration de guerre !), de la saignée de 1914 (des généraux copains francs-maçons des bourgeois de l'assemblée nationale ; quatre-vingts destitutions au début de la guerre tout de même !), de la débâcle de 1940, de l'abandon de l'Indochine, sans même faire semblant de s'intéresser au problème, et surtout, de notre avilissement depuis 1968 (perte de souveraineté, colonisation culturelle, étasunienne principalement, immigration incontrôlée...), le tout en se retranchant derrière le mot "République", à la fois argument-massue, solution à tous les problèmes et nouvel avatar du paradis terrestre. Dans la vie, soit on choisit l'hédonisme, soit la Grandeur ; la Grandeur a toujours un coût énorme, mais c'est la Grandeur !
Ce commentaire agacera sûrement quelques "Amazonautes", mais tel est mon avis après la lecture de ce monument que tout passionné de la période et d'Histoire en général doit posséder dans sa bibliothèque.