En m'embarquant dans ces plus de 1500 pages de cette épopée absolument fascinante, je ne savais pas très bien jusqu'où j'irais et n'imaginais pas forcément que ce serait jusqu'à l'issue du cinquième volume.
En effet, l'univers de la montagne m'était tout à fait étranger.
Et ce n'est pas la moindre force de Yunemakura Baku (auteur de l'oeuvre originale) et ici surtout Jirô Taniguchi, que de nous transporter à travers ces décors fabuleux et éblouissants pour nous en faire partager l'univers, la beauté et tout le mystère, jusqu'à nous en restituer toute l'intensité, sans nous lasser le moins du monde (ce qui n'avait rien d'une gageure). Bien au contraire, j'ai même lu ce dernier volume de 300 pages d'un trait, jusqu'à pas d'heure, tant la notion de temps disparaît et que l'on se retrouve soi-même plongé dans cet univers à la fois beau et inquiétant de la haute montagne enneigée et à l'oxygène raréfié.
Lire très tard le soir dans une parfaite atmosphère de silence et de solitude, lorsque tout le monde dort et que la nuit nous plonge dans une certaine obscurité, permet de se rapprocher un peu plus des conditions idéales pour mieux ressentir l'univers dans lequel nous nous trouvons plongés, cet univers de montagne loin de tout, des humains, et proche de l'immensité du tout ou du rien, de l'univers infini et du sommet des dieux, là où l'humanité atteint ses limites et où l'on ressent mieux sa petitesse face à l'immensité à la fois géographique et temporelle.
Je ne vous conte pas, naturellement, ici, le détail de l'histoire de ce cinquième volume. Mais il y est toujours question d'attirance inexpugnable vers la montagne, par ceux que cela fascine absolument, de force de la volonté, de dépassement de soi, mais aussi d'amitié, de solidarité et d'admiration partagée entre ceux que la montagne attire ; de communion avec la nature et avec soi-même, comme d'adversité avec ces mêmes entités ; de déchirement permanent entre les siens, épouse ou pressentie, travail, équipiers, et cette attirance irrépressible vers cette montagne dangereuse mais qui fascine, jusqu'à emporter de nombreuses vies. Un cimetière humain, celui du sommet des dieux, où les fantômes de ceux qui y sont restés sont parfois les seuls compagnons qui restent lorsque l'aventurier a dépassé ses limites et se trouve confronté, aux confins de la mort, à la rudesse de la nature, qui continue d'enfermer les secrets les mieux gardés.
Une superbe série, aux dessins somptueux et où l'aventure humaine peut-être découverte et partagée dans toute sa plénitude. Ou quand la bande dessinée atteint ses lettres de noblesse.
Avis aux amateurs.