Autant le dire tout de suite : je suis un disciple d'Onfray (et qu'importe si le mot "disciple" fait sourire...). Mais ce livre là m'a déçu... et un bon disciple doit rester évidemment un bon critique... Les deux tiers du livre sont une nouvelle condamnation (qui vire à l'obsession) de la religion chrétienne dans sa manière de faire du corps le lieu du péché ou de la souffrance... Corps chaste ou souffrant, voilà les deux seules perspectives que nous proposent, selon Onfray, la religion chrétienne depuis qu'elle a été "récupérée" par Saint Paul (lui-même impuissant paraît-il) puis "politisée" par Constantin (premier empereur converti). Bref, on connaît le discours, et c'est un peu long et répétitif. La troisième partie (car derrière son côté anti-conformiste, Onfray n'a pas perdu l'habitude du plan canonique agrégatif en 3 fois 3 parties...) est un éloge du tantrisme et un commentaire du Kama-Sutra (le texte, pas les images...). Onfray semble excessif dans les deux cas. A la fois dans sa dénonciation presque haineuse du christianisme (dont il oublie tout de même le message de charité et de don de soi) et dans la mythification d'un éros indien qui dans les faits (voir la société indienne aujourd'hui) ne donne pas toujours à la femme la place dont parle Onfray... Et puis finalement, tout cela reste "théorique". On ne lui demande pas un véritable art d'aimer... mais le philosophe pourrait tout de même attraper l'amour et le sexe à bras le corps...
Bref, je préfère, et de loin, le chapitre consacré à l'érotisme dans son livre-synthèse "La puissance d'exister" (troisième partie : une érotique solaire). C'est évidemment la même chose, mais en plus court, en mieux, en plus clair, en plus concret (les affinités, un éros léger etc...).
Oui, Onfray redit toujours la même chose. Bon vendeur, il publie probablement trop et se répète beaucoup... mais il reste tout de même un philosophe lisible dont le discours nous concerne directement, et notamment en matière de sexualité. Je reste donc un disciple, mais un disciple libre, évidemment, ce qui est le propre de toute attitude philosophique...
PS : en couverture, une ½uvre contemporaine qui, à mes yeux, ne propose pas du tout l'image d'une "érotique solaire"... encore une déception...