Extrait
Extrait du prologue :
Se pouvait-il que cela devienne un jour plus facile ? De maison en maison, d'autoroute en autoroute, d'Etat en Etat ? Non, c'était impossible. Je me retrouvais une fois de plus au volant d'une voiture de location, à conduire sur une grande artère, à passer devant un alignement de boutiques et une station-service, cette fois sur le littoral sud d'une petite ville de Long Island, Etat de New York, le long de plages de l'Atlantique fouettées par le vent. L'hiver approchait. Le ciel était platine. L'écume des vagues roulait sous des nuages gris et bas. Un temps parfaitement adapté à la situation, puisque cette fois-ci allait être pire que les autres. Bien pire.
Je trouvai mon point de repère, le bureau de poste local, et me garai derrière le bâtiment. Nous sortîmes tous de la voiture pour affronter le vent glacé qui, en ce jour de novembre, faisait tourbillonner les dernières feuilles de l'automne autour de nos pieds. Aucun d'entre nous ne souhaitait ouvrir la marche, aucun des cinq gars qui m'accompagnaient, et, pendant quelques secondes, nous nous bornâmes à rester plantés là, comme un groupe de postiers pendant la pause.
Je savais où nous devions nous rendre. La maison n'était qu'à quelques mètres plus bas dans la rue. Et D'une certaine manière, j'y étais déjà allé - que ce soit en Californie du Sud, en Californie du Nord ou dans le Nevada. Dans les jours à venir, il me fallait encore aller à Washington et à Virginia Beach. Et tant de choses seraient identiques, à chaque fois.
J'y trouverais les marques familières d'un chagrin dévastateur, le genre de douleur qui jaillit quand des hommes sont fauchés dans la fleur de l'âge. La même impression de vide dans chacune des maisons. Les pleurs incontrôlables. Le même sentiment de désolation, de braves gens essayant de se comporter bravement, de vies uniformément dévastées. Inconsolables. Pleines de regrets.
Revue de presse
Cet ancien des commandos de marine américains Seal, vient de publier «Le Survivant», récit de l'épreuve incroyable qu'il a vécue en Afghanistan, seul rescapé de son groupe pris en embuscade. Depuis, il ne peut plus dormir. C'est à peine s'il réussit à voler à ses souvenirs quelques heures de repos, de temps en temps. «C'est dans ma tête en permanence. Il y a des bons et des mauvais jours. Parfois, je ne peux plus parler.» Soldat d'élite des commandos de marine américains, cette bête de muscles - 1,95 m pour 100 kilos - capable d'avaler deux petits déjeuners complets en une demi-heure, Marcus Luttrell a du mal à cacher ses émotions. Sous sa barbe de trois jours, sur ce visage taillé à la hache, il semble avoir désappris à sourire. Il est l'unique survivant d'une embuscade tendue par une centaine de talibans en juin 2005 dans l'est de l'Afghanistan. Lorsqu'on lui demande pourquoi et comment il a survécu malgré ses blessures, alors que tous ses camarades sont morts, son regard s'échappe au bout de quelques phrases, loin, très loin. Dans les montagnes de l'Hindu Kush. (Isabelle Lasserre - Le Figaro du 19 mars 2009 )