L'Expansion
Repères pour piloter son entreprise, son existence et sa carrière dans un monde qui n'en a plus. Heureux ceux qui troqueront un métier contre un portefeuille d'activités.Charles Handy aurait dû, comme son père, être pasteur d'une paroisse pauvre d'Irlande. Au lieu de quoi, il amorça une belle carrière à la Shell, pour ensuite greffer le MBA du Massachusetts Institute of Technology sur la London Business School et, fort de son palmarès académique, finir par prêcher au compte-gouttes ses conseils aux grands patrons de la planète.
Rare Européen à percer aux Etats-Unis, il y fait un tabac depuis la parution, en 1992, de The Age of Unreason (non traduit en français), fresque prémonitoire des bouleversements que connaît l'organisation des entreprises, et par conséquent le rôle des individus qui la composent. Outrageusement optimiste, The Age of Unreason a été tempéré depuis par Le Temps des paradoxes (seul ouvrage de l'auteur disponible à ce jour en français).
On n'y trouvera pas d'analyse complexe mais un tableau impressionniste piqué d'images simples: le trèfle à quatre feuilles pour définir la nouvelle configuration des entreprises, le beignet retourné pour symboliser le partage entre temps professionnel et temps libre, le contrat chinois pour apprendre à négocier sans imposer, la courbe en S inversé pour se préparer à sa seconde carrière.
Au fil des années, le prophète de Diss, bourgade du Norfolk, s'est détaché du management pur et dur pour explorer les conséquences du rétrécissement des entreprises sur la vie de ses acteurs. Non que, dit-il, les entreprises perdent en importance - elles demeurent la principale source de création de richesses -, mais elles perdent leur effet structurant sur la société, passant du statut d'employeur-percepteur à celui d'organisation organisante.
Conséquence: elles ne peuvent plus se gérer comme autrefois, de haut en bas. Le régime le plus approprié serait ainsi, selon Handy, celui du fédéralisme, avec ses corollaires, la délégation et le partage du pouvoir, et la subsidiarité. Les jobs s'y feront plus rares, mais plus usants aussi. D'où la nécessité de savoir prévoir les virages de carrière, et ce que l'ancien professeur appelle la gestion d'un portefeuille d'activités.
Handy, conscient de ce que cette segmentation du travail peut avoir d'élitiste, pour compenser les inégalités dont elle est porteuse, n'est pas éloigné des thèses de certains économistes qui militent pour un revenu minimal d'existence, l'abolition de l'impôt sur le revenu et l'établissement d'une taxation inversée qui inciterait les individus à s'enrichir plutôt qu'à s'autolimiter dans l'assistance.
C'est là qu'il faut se rappeler ses racines protestantes et son héritage victorien qui font de lui et de sa femme de réguliers pourvoyeurs des charities britanniques, à qui ils reversent une bonne partie de leurs honoraires. --Pascale-Marie Deschamps--
L'Entreprise
L'Imperméable vide était le titre de la version d'origine. Quel paradoxe qu'un imperméable vide! Notre réalité quotidienne est ainsi remplie de paradoxes que nous ne comprenons pas, en face desquels nous sommes incapables de réagir. Charles Handy en identifie neuf, parmi lesquels le temps (qui nous fait toujours défaut alors qu'on n'en a jamais tant disposé), la productivité - que nous recherchons à nos dépens -, la justice...
Dans un style imagé et ponctué d'anecdotes qui a déjà conquis le monde des affaires anglo-saxon, le prophète irlandais du management nous aide à mieux comprendre ces contradictions. Les outils simples et parlants qu'il propose pour les gérer (le beignet, le contrat chinois) invitent chacun à construire ce monde de demain où les mots entreprise, emploi, salaire n'auront plus du tout la même signification. A nous de remplir cet imperméable vide qui n'est autre que nous-mêmes...