Ce roman n'a rien à voir avec la production habituelle qui inonde les tables de libraires. On y respire le grand air de la lttérature, à l'opposé de toutes ces "autofictions" dénuées d'imagination et de toutes ces pages bourrées des préoccupations ou tics de langage à la mode... Voici une histoire tout simplement bien écrite en bon français classique : pas de recours artificiel à un pseudo-présent de facilité, non, le passé simple et l'imparfait s'y conjuguent encore, et après quelques hésitations dans les premières pages, on y prend beaucoup de plaisir ! Et la syntaxe spécifique de notre langue, que d'autres envoient aux oubliettes en abusant des phrases courtes et en évitant les subordonnées, retrouve ici toute sa clarté et ses nuances. L'histoire qui nous est donc ainsi contée sans nous maltraiter a été construite à partir d'une excellente connaissance de l'époque dans laquelle elle se situe. L'auteur réussit à reconstituer les mentalités, les raisonnements et les croyances sans que cela paraisse à aucun moment lourd ou pédagogique. Il n'y a pas de remplissage ou de scènes prétextes à de savants couplets : rien que des éléments nécessaires au récit, ou utiles pour la compréhension de comportements dont nous avons collectivement perdu la mémoire. La double intrigue fonctionne et nous tient en haleine : le devenir de ces deux soeurs se déroule de manière réaliste, comme deux destins, et de manière très poétique aussi, c'est-à-dire avec deux voix, deux pensées, deux tentatives subjectives d'échapper à l'immanence ou au vide. Un roman d'où la spiritualité n'est pas bannie d'un revers de manche. Un roman où il n'y a aucune vulgarité ! Un roman qui fait confiance à notre sensibilité pour entrer en empathie avec des souffrances et des espoirs dont il est convenu de souligner d'habitude, pour mieux s'en débarrasser, qu'elles sont d'un autre temps.... Non seulement je remercie Chantal Thomas d'avoir créé Ursule, sa soeur et leur père (inoubliable !) ainsi que tous ces personnages, qui ont une réelle consistance, mais j'espère bien que ce roman obtiendra un Prix littéraire dans les prochaines semaines (le Femina ? elle l'a déjà mérité et reçu pour "Les adieux à la Reine"... alors, le grand Prix de l'Académie serait une récompense logique pour un livre qui contient un portrait haut en couleurs du duc de Richelieu, de la part de l'Institution créée par l'aïeul, le Cardinal ) !!