Il faut absolument lire ce petit bouquin, irrévérencieux et bourré d'humour, démasquant les contradictions profondes (et finalement la force, mais aussi la fragilité) d'une des grandes puissantes émergentes du nouveau siècle : l'Inde, pseudo-démocratie corrompue à tous les niveaux, pays de vieilles traditions où la majorité des habitants vit en quasi esclavage au profit d'une minorité d'individus.
On suit ainsi le parcours insolite de BALRAM, humble parmi les humbles, issu de la province des Ténèbres (sic), qui a la chance d'être engagé comme chauffeur par ASHOK, fils d'un des notables de son village, parti faire ses études aux USA et revenu au pays avec une épouse américaine (PINKY MADAM!). Notre héros part à Dehli, comme chauffeur-domestique, pour aider ASHOK et sa femme, à verser notamment des pots de vin à un ministre corrompu, permettant à la famille de son patron de poursuivre l'exploitation, visiblement très rentable, de mines de charbon...
ASHOK, que l'éducation occidentale humaniste a réussi à déstabiliser, se révêle être un faible (se faisant d'abord quitter par sa femme, puis sombrant petit à petit dans la dépression).
Parallèlement à la déchéance de son patron, notre héros prend conscience de sa condition servile et précaire, reposant principalement sur les représailles pouvant s'exercer sur sa famille, pour finalement arriver à son émancipation ultime en assassinant celui qui l'a tiré de sa misérable condition.
Précisons que le livre est émaillé de réflexions savoureuses que je n'hésite pas à vous soumettre :
- « Les hommes libres ne connaissent pas la valeur de la liberté, voilà le problème »,
- « Les rêves des riches ne coïncident jamais avec ceux des pauvres, n'est-ce pas ? Toute leur vie, ces derniers rêvent d'avoir assez à manger et de ressembler aux riches. Et de quoi rêvent les riches ? De perdre du poids et de ressembler aux pauvres ».
Précisons enfin qu'un héros fasciné par les livres, particulièrement par la poésie (qui lui fournira la voie de son émancipation par la parabole suivante : « Tu as cherché la clé pendant des années, mais la porte était ouverte ») ainsi que par les lustres à pampilles ne peut pas être foncièrement mauvais...
Un grand livre donc, fort justement récompensé par le BOOKER PRICE 2008, synopsis idéale pour un grand film hollywoodien (trop sulfureux encore pour engendrer un film bollywoodien...).