Je viens actuellement de débuter la lecture du livre «
Dans le jardin des mots » de Jacqueline de Romilly. Et avec quel bonheur ! Voilà 10 ans, en effet, que j'ai lu « le Trésor des savoirs oubliés » et découvert à cette occasion-là cet auteur merveilleux, dont seul je connaissais le nom et à côté duquel je ne devais pourtant pas passer. Je n'ai que trop tardé, depuis, à lire enfin un autre ouvrage de la célèbre académicienne, sans en avoir jamais perdu l'idée à l'esprit.
Je me rappelle avoir trouvé émouvant (d'où mon titre) la toute première phrase de l'introduction, dans laquelle Jacqueline de Romilly explique avoir presque complètement perdu la vue depuis un an, ce qui constitue le point de départ de tout le contenu de cet ouvrage.
Quoi de pire, en effet, pour quelqu'un qui est passionné par la vie, la lecture, les recherches et tant d'autres choses pour lesquelles la vue est rendue si indispensable ?
Le thème central de l'ouvrage n'en acquiert que plus de force et d'intérêt. On passe de l'idée théorique à des considérations très pratiques. Et la mémoire voit son rôle renforcé, décuplé même, faisant rejaillir tant de « trésors » enfouis et depuis longtemps inexplorés.
Prendre conscience de tout ce que recèle notre esprit - savoirs, souvenirs, vécu personnel, mais aussi transmission, de connaissances, d'une culture, des valeurs d'une civilisation - est une expérience intéressante.
Et l'auteur en profite pour véhiculer un message, en insistant sur le rôle primordial de l'éducation et de la formation, sans lesquels notre civilisation perd sa mémoire, distend les liens qui la façonnent et aboutit à la décadence.
A partir de là, anecdotes et raisonnements de fond s'enchaînent pour remonter des souvenirs les plus proches à ceux qui sont les plus profondément enfouis en nous, ceux qui ont valeur d'héritage des trésors de la civilisation.
Complexité, paradoxes et tâtonnements, repères, culture, valeurs, apprentissage, autant de mots-clés rattachés à la formation et l'organisation de la mémoire, que l'auteur s'attache à décrire. Avec une grande leçon et un message primordial, qui est que c'est la vie morale et affective qui en dépend.
Je ne pourrai donner plus d'éléments sur cet ouvrage. Je regrette moi-même les fortes défaillances de ma mémoire qui font que, même lorsque j'ai beaucoup aimé un livre, je n'en garde qu'un vague souvenir, très imprécis, plutôt des sensations, ici très agréables puisque je sais que ce livre lui-même fait partie des trésors que recèle ma propre mémoire et que seule une relecture pourrait me faire redécouvrir. Mais combien de vies me faudrait-il pour relire tous les livres que j'ai aimés, tout en disposant suffisamment de temps pour découvrir tous ceux que je n'ai pas encore lus ? Terrible dilemme.