High Noon (Le train sifflera trois fois) est un chef d'oeuvre. L'histoire est d'une concision extrême: le sherif d'une petite ville (Gary Cooper) va se marier et va donc logiquement abandonner ses fonctions. Sa promise, Grace Kelly, est une quaker, viscéralement opposée à toute violence. Les heureux époux sont unis dans les liens du mariage par le juge local. A peine la cérémonie est-elle terminée et que le couple s'apprête à quitter la ville, l'on apprend l'arrivée par le train de midi d'un dangereux hors la loi qui avait terrorisé la ville, que le shérif avait arrêté et qui vient d'être libéré. Ses complices l'attendent déjà à la gare et bien entendu, ils veulent se venger. Il est 10H30. Le compte à rebours a commencé. Dans le temps de une heure et trente minutes qui va s'écouler (c'est la durée du film),le shérif (et le spectateur) va passer par toutes les phases: la tentation de la fuite, la volonté de faire face, tant par fierté que par calcul rationnel, la recherche éperdue de soutiens, la confrontation du devoir par rapport aux suppliques de sa bien-aimée, l'abandon par tous ses soit-disant amis, la marche résolue vers un suicide annoncé en dépit de tous les conseils qui lui sont prodigués, l'affrontement final ...
Le spectateur est pris du début à la fin dans un suspense émouvant et éprouvant: le réalisateur s'engage dans le récit sans perdre de temps, il crée l'attente, fait monter la tension, nous transforme tous en Gary Cooper, mobilise totalement notre sympathie pour le héros abandonné de tous (par lâcheté), et même (par conviction morale)par sa femme. Le film est un hymne au courage de ses convictions et à la force de la volonté face aux compromissions, à l'hypocrisie et à la lâcheté. Il est inutile d'avoir la moindre idée du contexte du film pour apprécier ce chef d'oeuvre. C'est un film hard boiled, "sec, fort, implacable, impeccable", comme l'a très bien écrit le critique Gilbert Salachas, un des films les plus aboutis du cinéma mondial. Bien entendu, le film est aussi une allégorie des méfaits du du maccarthysme dont le réalisateur, Fred Zinnemann, et le scénariste, Carl Foreman, comme certains des acteurs, étaient des cibles. A noter que comme d'habitude dans la plupart des films américains, les quakers ont toujours beaucoup de mal à rester fidèles à leurs convictions.