Descendant d'une famille d'anciens juifs blancs émigrés aux Etats-Unis - c'est ainsi que l'auteur définit son héros - Stone est un fervent anti-communiste dirigeant un service de contre-espionnage militaire, pseudo secret. Ses méthodes ressemblent à celles de la CIA, sauf que le personnage est moins entravé dû fait du caractère discret de son service. Aussi quand leur tombe à tous (CIA, militaires) un transfuge russe porteur d'une valise diplomatique, pour Stone, c'est enfin le rêve de sa carrière qui se réalise : il va pouvoir aller opérer directement sur le territoire russe ! En effet, lui seul soupçonne une arnaque dans toute cette affaire de transfuge, même s'il est convaincu de la sincérité du transfuge lui-même.
A peine arrivé à Moscou, il se fond comme il peut dans la masse - mais même le meilleur agent se trahit tout de même un peu, malgré le luxe de précautions - et remonte ses pistes à la vitesse de l'éclair. Les services soviétiques finissent par être alertés et c'est là que le destin de l'agent américain s'enclenche réellement.
Comportant quelques traits grossièrement soulignés, je dirais que c'est une sorte de fable moderne de l'arroseur arrosé, bien qu'ici l'arroseur n'est pas celui que l'on croit. Cela décrit pas mal certains aspects du monde soviétique sous Leonid Brejnev, ainsi que le luxe de détails qui peuvent obséder un infiltré dans ses travaux préparatoires, mais si l'histoire ne manque pas d'ironie au final et attribue autant d'intlelligence au bloc de l'Est qu'à celui de l'Ouest, on sort de ce récit un peu dubitatif, voire incrédule : s'il avait été si facile de s'infiltrer sur territoire russe et y mener une enquête en pénétrant dans les locaux des services d'espionnage soviétiques ou au KGB comme on s'invite dans une préfecture de police, je pense que le mur de Berlin serait tombé quelques décennies plus tôt !
Il y a des choses qui sonnent juste, comme les restrictions, les gens qui disparaissent, mais plein d'autres qui manquent : la peur omniprésente, la surveillance, la suspicion entre citoyens et surtout la puissante capacité de décodage des informations de ces mêmes concitoyens et leur capacité de renseignement, entre autres. Je ne rentre même pas dans l'univers des militaires, qui me paraît un peu simple. Du coup, le roman fait partiellement naïf, malgré la machination qui le structure. D'autant plus que l'enjeu, qui est rapidement dévoilé dans son principe dès le début, n'en vaut pas vraiment la chandelle.
En conclusion, c'est un roman qui se lit aisément, mais qui frustre avec la même facilité. De plus, le sort fait aux deux héros - le transfuge et l'espion - est réglé en deux coups de cuillères à pot, comme si tout ça n'avait dans le fond plus d'importance. Vu la manière dont est structurée l'histoire, on a en effet l'impression ques les moyens préparatoires et les questions que l'on pose avant l'action sont plus importants que l'objectif et l'action eux-mêmes; ce qui paraît ne pas coller avec l'homme d'action qu'on nous décrit comme tel au début du roman. C'est comme si on faisait un film sur le naufrage du Titanic qui se passerait pour les trois quarts du film avant l'embarquement et qui signalerait à la fin, à tout hasard : tiens, un tel à survécu et celui-là y est resté.
Bref, c'est un curieux roman qui jette, dans le fond, beaucoup de poudre aux yeux. Il faut en avoir envie.