"Le Vent dans les saules" est nettement plus célèbre outre-manche que dans nos contrées, mais la brillante adaptation de ce roman de Kenneth Grahame par Michel Plessix devrait (au moins partiellement) réparer cette injustice. Les aventures de Rat, Taupe, Crapaud, Loutre et Blaireau possèdent en effet ce charme d'exception qui sait captiver les petits comme les grands.
Je n'ai pas lu le roman, aussi ne puis-je pas juger de la fidélité ou de la trahison de cette adaptation. En revanche, en tant qu'oeuvre lue sans connaître l'original, "Le bois sauvage" est une éclatante réussite. D'un point de vue graphique, c'est tout bonnement époustouflant. La précision du trait, les nuances des couleurs, la bonhommie des personnages, la sérénité qui se dégage des décors, tout cela est incroyablement beau. C'est certainement cette grande qualité, et le temps nécessaire pour l'obtenir, qui expliquent que l'album ne fasse que trente-deux pages. Rassurez-vous, vous ne vous sentirez pas lésé : ce régal pour les yeux vous en donnera pour votre argent !
Le ton général du "Bois sauvage" est a priori assez enfantin, mais Plessix sait éveiller la fibre sentimentale du public adulte qui ne peut que fondre devant les péripéties de ces animaux habillés comme d'élégants bourgeois du XIXe siècle. Ce premier tome est assez contemplatif et doit beaucoup à l'ambiance créée par les illustrations, mais le découpage assez serré de Plessix permet une densité de l'action telle qu'on a le sentiment d'avoir lu davantage que trente-deux pages.
Au final, un album à posséder absolument car c'est un chef d'oeuvre du genre.