Après le succés retentissant de LOU, Julien Neel (et Olivier Milhaud au scénario) s'attaque judicieusement à un thème qui, en 2011, passionne de plus en plus : la cuisine, et plus largement la bonne bouffe et l'épicurianisme.
Cet ouvrage épais en format moyen, cartonné dur, nous plonge donc dans les turpitudes du jeune Compte de Scaramanda, qui a fait d'une ruine un hâvre de paix et de bonnes choses, un lieu idyllique où le bon vivre cotoîe le bon manger, le bon parler et la nature, au coeur d'un microcosme humain (avec des furets, aussi !) aussi trucculent qu'attachant. Une douzaine de personnages, finement étudiés, vivent dans cet ilôt en marge du monde, où le Comte passe de caprices gentils à commandes de plats précis, dont les auteurs nous détaillent les recettes (toutes des plats canailles) au fil des pages, au plus grand dam de nos papilles affriolées.
Mais de mangeailles il n'est pas seulement question, car les liens humains régissent la vie de l'endroit, et dans ce domaine Julien Neel est très subtil, toujours, et sait agilement mettre en relation tous ces petits caractères, que ce soit Polpette, le cuisinier costaud et effacé, la belle Almeria, le falabrac Comte, son précepteur, les résidents annuels de l'hostellerie, etc. Une sympathique histoire humaine se superpose donc intelligemment au fil de rouge culinaire.
Les dessins, aussi naïfs que chatoyants, soulignent habilement le sujet, quant à la mise en page, dynamique, elle évite l'ennui visuel et offre une foule de petits détails festifs, des clins d'oeil et autres appartés qui font penser aux 2e et 3e de couverture des Lou, très denses.
Dans l'ensemble une réussite, mais aurait-il pu en être autrement avec le talent des auteurs ?