Quels ressorts sociaux et politiques ont pu pousser des paysans qui n'étaient pas des criminels à torturer pendant des heures, avec un sadisme sans borne - jusqu'à le brûler encore vivant ! - un jeune homme qui ne leur avait rien fait, le 16 août 1870 à Hautefaye, Dordogne ? Alain Corbin est historien et tente de retracer l'arrière-plan politique de cette affaire. Il laisse délibérément de côté la psychologie des bourreaux (qui furent jugés, avec quatre condamnations à mort) pour présenter le contexte social de ce fait divers atroce : guerre perdue contre l'Allemagne, tensions de toute nature en Périgord, violence latente. Impossible, pour un non-spécialiste, de discerner les lacunes de son travail sur le fond, s'il y en a. L'ensemble donne une impression de solidité remarquable. La plongée dans l'univers mental des paysans de l'époque bute, hélas, sur des tics universitaires exaspérants. Un seul exemple : "On se souvient des incidents dont est victime le malheureux Picon, curé de Saint-Cyprien, en 19848. On le menace d'une assouade", écrit Alain Corbin p25, sans plus de précision. Le curé Picon ? Une assouade ? Ben non, on s'en souvient pas. On l'a même jamais su, et A. Corbin le sait pertinemment. Mais on n'est pas à la fac. Quand on sèche sur un livre, c'est l'auteur qui prend une mauvaise note, pas le lecteur. Ceci ajouté à des notes de bas de page apportant des précisions superflues finit par faire grincer des dents.