Cheveux blonds, sportif, la trentaine, n'ayant pas froid aux yeux, Lefranc est le clone d'Alix en version moderne. Sa profession officielle est reporter. Détenteur d'un brevet de pilote aérien, bon conducteur, on le verra très à l'aise, plein d'audaces et de maîtrise de soi dans des situations à risques. Il anticipe au cours de chaque action, improvise aisément et est capable de noter certains détails capitaux qui échappent même aux professionnels. Lefranc, fréquemment associé à la lumière, est aussi créateur de ténèbres.
Au personnage principal est associé le jeune JeanJean, louveteau de son état. JeanJean, c'est l'équivalent moderne d'Enak dans Alix : même âge, même couleur de cheveux, même taille, même « fonction » : à la fois cause d'ennuis pour Lefranc et débloqueur de situations critiques.
L'inspecteur Renard, qui réapparaîtra dans plusieurs épisodes ultérieurs, porte bien son nom physiquement - cheveux roux, agilité - mais n'a ni la ruse ni la finesse de son homonyme à quatre pattes. Il est malgré tout efficace sur le terrain et cache mal une tendance à se laisser emporter facilement. Sa culture et son instinct semblent assez limités.
Enfin, le rôle du méchant est endossé par Axel Borg : malgré son aspect extérieur très séduisant, sa nature profondément noire laissera éclater au grand jour son ambition démesurée, sa démagogie, sa folie destructrice, son mépris de la nature humaine, sa quête d'un pouvoir absolu mondial. Son art du déguisement lui permet de changer facilement d'identité, prudence et patience de tenter de réaliser ses projets démentiels.
Sept ans après La Grande Menace, J. Martin publie L'ouragan de feu (1961). Le style graphique a considérablement changé : on garde la ligne claire mais dans le genre réaliste. Le franc confirme son attachement aux grandes causes nationales et internationales : cette fois, il s'agit de réagir face à une crise mondiale en rapport avec le pétrole. L'action se déroule sur une petite semaine et commence à la gare Montparnasse pour s'orienter vers la Bretagne. Les vues du Mont Saint-Michel son splendides et d'une précision archéologique. Les décors sont toujours très élaborés, marque de fabrique de J. Martin.
L'eau est le sujet principal du récit : dangereuse lors des marées, elle permet à Lefranc d'échapper plusieurs fois aux bandits. A partir du milieu de l'album, elle deviendra l'élément dissimulateur du mal (la camionnette rouge) et du bien (Lefranc en homme-grenouille), le lieu de tous les dangers pour les transports en bateaux, et se transformera même en feu dans l'impressionnante scène finale !
Enfin, elle sera l'élément essentiel source de la découverte scientifique qui provoquera tous ces événements.
L'île-phare a un statut ambigu : d'abord île-refuge pour le scientifique, elle devient île-piège pour nos héros. L'auteur profitera graphiquement des possibilités que lui offrira le phare pour dessiner des plans très cinématographiques en contre-plongée (p.54 C3) ou en plongée (p.58 B2) saisissantes.
Jeanjean aura un rôle positif dans cette histoire : bien que kidnappé au début, il risquera sa vie pour sauver Lefranc à la fin de l'album. Lefranc confirmera son rapport paradoxal vis-à-vis de la lumière : il en est cause de l'origine dans le souterrain ou de l'absence dans le phare. Enfin, Axel Borg s'affirme comme expert en tromperie car spécialiste du transformisme : il se fera même passer pour le ministre de l'Intérieur !
Certains fans de la série on remarqué une particularité qui m'avait totalement échappé : à chaque page, on distingue au moins une fois les lettres JA et/ou ST, habilement dissimulées, et dont le sens reste mystérieux. Amusez-vous à les trouver!