Cheveux blonds, sportif, la trentaine, n'ayant pas froid aux yeux, Lefranc est le clone d'Alix en version moderne. Sa profession officielle est reporter. Détenteur d'un brevet de pilote aérien, bon conducteur, on le verra très à l'aise, plein d'audaces et de maîtrise de soi dans des situations à risques. Il anticipe au cours de chaque action, improvise aisément et est capable de noter certains détails capitaux qui échappent même aux professionnels. Lefranc, fréquemment associé à la lumière, est aussi créateur de ténèbres.
Au personnage principal est associé le jeune JeanJean, louveteau de son état JeanJean, c'est l'équivalent moderne d'Enak dans Alix : même âge, même couleur de cheveux, même taille, même « fonction »: à la fois cause d'ennuis pour Lefranc et débloqueur de situations critiques.
L'inspecteur Renard, qui réapparaîtra dans plusieurs épisodes ultérieurs, porte bien son nom physiquement - cheveux roux, agilité - mais n'a ni la ruse ni la finesse de son homonyme à quatre pattes. Il est malgré tout efficace sur le terrain et cache mal une tendance à se laisser emporter facilement. Sa culture et son instinct semblent assez limités.
Enfin, le rôle du méchant est endossé par Axel Borg : malgré son aspect extérieur très séduisant, sa nature profondément noire laissera éclater au grand jour son ambition démesurée, sa démagogie, sa folie destructrice, son mépris de la nature humaine, sa quête d'un pouvoir absolu mondial. Son art du déguisement lui permet de changer facilement d'identité, prudence et patience de tenter de réaliser ses projets démentiels.
Avec Les portes de l'enfer (1977), c'est Gilles Chaillet qui reprend le flambeau pour un bon moment, J. Martin gardant la main sur les scénarios. L'histoire est curieuse et flirte allègrement avec le fantastique avec ses ambiances nocturnes, ses allusions diaboliques, ses incertitudes existentielles et sa fin surprenante. Pendant 5 jours (et un de « retour à la normale » dans l'épilogue) voilà nos deux amis - Jeanjean n'ayant ici qu'un rôle de faire-valoir - isolés sur un promontoire rocheux dominant une vallée avec une jeune bergère, sa grand-mère et un troupeau de moutons suite à un accident d'avion inexplicable. Malgré ou grâce à l'atterrissage en catastrophe, Lefranc confirme ses talents d'aviateur. Ce qui leur apparaissait comme une chance devient vite un cauchemar : la terre ferme-refuge devient une île-piège d'où il semble impossible de s'échapper suite à une mer de nuages nocifs et corrosifs. L'isolement est d'abord visuel puis devient sonore (radio cassée). Pourtant on entend beaucoup de bruits mais ils resteront lointains et mystérieux.
Le surnaturel de la situation est accentué par les dons d'anticipation de la vieille.
La nuit est aussi importante que le jour dans cette histoire : les éléments naturels jouent un très grand rôle (le feu, l'eau, la neige). Les excavations naturelles (grottes) sont peu rassurantes et le témoin de scènes d'angoisse et d'orgie.
Lefranc n'est pas le personnage principal de l'histoire : il semble constamment sous la coupe de la vieille qui lui confie le rasoir et les bottes de son défunt mari et lui confectionne des habits en peaux de mouton. Elle le nourrit et le protège comme son enfant.
Le déroulement du récit est interrompu par un très long flash-back nous projetant à la fin de la guerre de 100 ans : il nous permet de comprendre la signification des 7 portes de l'enfer et de toute l'histoire en traversant les siècles. La fin « militarisée » me paraît peu vraisemblable et l'explication tordue.
Pour ses débuts dans Lefranc, G. Chaillet ne nous offre pas de prouesses graphiques comme il le fera plus tard dans cette série et dans d'autres (Vasco). Sans le méchant Axel Borg, avec un Lefranc un peu en retrait et un Jeanjean fade, un scénario qui aurait mérité d'être plus centré sur les angoisses des personnages confrontés à une situation inédite à gérer, on a affaire à un album en retrait par rapport aux précédents.