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5.0 étoiles sur 5
Guy Lefranc : Tome 3, 2 février 2010
Cheveux blonds, veste bleue, chemise blanche et cravate rouge, sportif, la trentaine, n'ayant pas froid aux yeux, Lefranc est le clone d'Alix en version moderne. Sa profession officielle est reporter. Détenteur d'un brevet de pilote aérien, bon conducteur, on le verra très à l'aise, plein d'audaces et de maîtrise de soi dans des situations à risques. Il anticipe au cours de chaque action, improvise aisément et est capable de noter certains détails capitaux qui échappent même aux professionnels. Lefranc, fréquemment associé à la lumière, est aussi créateur de ténèbres.
Au personnage principal est associé le jeune JeanJean, louveteau de son état : il font connaissance pour la première fois p.12 devant le guichet d'entrée du château du Haut Koenigsbourg où il lui demande de l'argent qu'il a perdu pour entrer. JeanJean, c'est l'équivalent moderne d'Enak dans Alix : même âge, même couleur de cheveux, même taille, même « fonction »: à la fois cause d'ennuis pour Lefranc et débloqueur de situations critiques.
L'inspecteur Renard, qui réapparaîtra dans plusieurs épisodes ultérieurs, porte bien son nom physiquement - cheveux roux, agilité - mais n'a ni la ruse ni la finesse de son homonyme à quatre pattes. Il est malgré tout efficace sur le terrain et cache mal une tendance à se laisser emporter facilement. Sa culture et son instinct semblent assez limités.
Enfin, le rôle du méchant est endossé par Axel Borg : malgré son aspect extérieur très séduisant, sa nature profondément noire laissera éclater au grand jour son ambition démesurée, sa démagogie, sa folie destructrice, son mépris de la nature humaine, sa quête d'un pouvoir absolu mondial. Son art du déguisement lui permet de changer facilement d'identité, prudence et patience de tenter de réaliser ses projets démentiels.
Quatre ans après L'ouragan de feu, J. Martin publie Le mystère Borg (1965). Le dessin est remarquablement fin, précis, coloré. L'action se passe fin décembre, après Noël (cf.p.33C5).
Lefranc confirme son attachement aux grandes causes dépassant cette fois les frontières françaises : il s'agit ici de récupérer un super-virus pouvant semer panique et destruction à très grande échelle. Axel Borg en est évidemment l'un des maillons de la chaîne. L'action se déroule sur une petite semaine et commence en Suisse où Lefranc se rend avec Jeanjean pour disputer des jeux d'hiver de ski. Les décors sont toujours très élaborés, marque de fabrique de J. Martin, l'atmosphère des petits villages suisses ensevelis sous la neige, perdus au milieu des forêts très bien restituée. Les tempêtes de neige assombrissent les couleurs blanche et bleue dominantes pendant toute la première partie du récit. La seconde partie se passe entièrement à Venise : autant dire que l'eau, comme dans l'album précédent, y tient une place essentielle. On sent que l'auteur - créateur de la BD historique - y est parfaitement à l'aise dans la restitution de l'architecture de cette ville, ce qui nous vaut de belles cases d'extérieurs (pp50B2, 51B3-C1, 55A4,57D3, 58A1-2, 61B3, 62B3-B4, 64C1-C2) et d'intérieurs (pp54B3-C4, 56C3, 57A1, 62C1).
Jeanjean aura un rôle à jouer dans cette histoire, mais plus important dans la première partie : on découvre son habileté au ski et sa témérité devant les bandits. C'est grâce à lui que le lien se fera avec Axel Borg.
Les personnages principaux de la série affirmeront leur caractère dans cette histoire où l'on discernera mieux leur psychologie. Ainsi, Lefranc apparaîtra quelque peu susceptible lorsqu'on mettra en doute ses efforts pour signaler des comportements suspects et qu'on lui demandera ses papiers. Il n'aime pas qu'on cherche à le contrôler. Curieusement, c'est son pire ennemi qui nous donnera des précisions sur son style de vie, ses qualités, ses défauts (p.31B4-5 et p,32C2). L'inspecteur Renard, toujours assez efficace, deviendra étourdi (p.50), versatile, grognon voire opportuniste (attitude vis-à-vis du gondolier). Mais il sait bien arriver au bon moment pour arranger les choses. Il est le parfait policier qui prend son temps et réfléchi avant d'agir.
Enfin, Axel Borg s'affirme comme spécialiste du transformisme : cette fois, on le retrouve en baron vénitien, avec postiches ! Il est toujours homme de goût et aime les beaux objets et les belles peintures de la renaissance (avec une préférence pour Le Caravage). Son palais vénitien est peuplé d'antiquités. Mais ce qui ressort le plus, on l'apprend par les dialogues : en effet, de nombreuses fois, A. Borg en appelle au diable dans des interjections significatives : par l'enfer ! par tous les feux de l'enfer ! Mille diable ! Par les cornes du diable ! Le commissaire Renard et son acolyte italien l'appelle « ce diable d'homme » et « diable ! Le marquis ! ». A la fois diable et homme donc, skieur habillé tout en noir, il est bien en permanence entre deux mondes comme le montre si bien la case A1 p.57, dans la très belle scène de fuite nocturne où il dit un adieu émouvant et philosophique à sa demeure et aux aeuvres d'art qu'elle contient juste avant de partir dans une gondole funèbre !
Au niveau du récit narratif, on remarquera deux flash-back explicatifs, dont un renvoyant au tome précédent exliquant comment A. Borg a pu se sortir de l'ouragan de feu. Le récit est une fuite en avant réglée par des poursuites terminées par de nombreuses chutes qui relancent l'action : la voiture dans le fossé (poursuite initiale), le ski (rencontre de l'ami de JeanJean), chute de Lefranc lors de l'entrainement (tentative d'assassinat), arrivée accidentelle de Jeanjean sur le toit du chalet d'A.Borg (reconnaissance de celui-ci), crash de l'hélicoptère (envoi de l'équipe de secours), bris du verre de whisky d'A.Borg (reconnaissance de la chevalière), chute de la clé (évasion de Lefranc), envoi de parachutiste (neutralisation des sbires d'A.Borg), section du câble de téléphérique (poursuite à ski avec A.Borg), chute dans l'escalier de l'orfèvre (Lefranc consulte ses papiers), fuite par les toits et chute d'A.Borg suivi de la dernière chute de la bombe qui se retrouve dans une gouttière.
Ce récit sera le dernier entièrement conçu par J. Martin. Faute de temps, il passera la main à différents collaborateurs pour le dessin mais coninuera à s'occuper du scénario.
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