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Commentaires client les plus utiles
58 internautes sur 68 ont trouvé ce commentaire utile
2.0 étoiles sur 5
Ne se donne pas les moyens de ses ambitions,
Par Gu Si Fang (Paris, France) - Voir tous mes commentaires
Ce commentaire fait référence à cette édition : L'empire de la valeur : Refonder l'économie (Broché)
"Refonder l'économie" : c'est peut-être présomptueux, mais pourquoi pas ? Encore faudrait-il connaître les différentes fondations existantes. Au lieu de cela, André Orléan critique à juste titre l'économie néoclassique walrassienne. Mais comme il s'agit là d'une caricature de l'économie telle qu'elle est souvent pratiquée, la critique est facile. D'autre part, d'autres approches existent déjà et l'auteur ne les mentionne pas. Finalement, ce qui est dit est soit peu original, soit faux.L'économie néoclassique telle qu'elle est caractérisée dans le livre repose sur des hypothèses fausses : 1) La valeur est une substance intrinsèque aux marchandises (l'utilité) 2) Le cadre du raisonnement économique est l'équilibre général (ou l'efficience des marchés dans le domaine financier) 3) Les titres financiers aussi ont une valeur intrinsèque (valeur fondamentale) Mais 1) l'utilité néoclassique n'est pas intrinsèque, même si elle présente d'autres défauts ; 2) l'équilibre général a permis à des matheux de faire joujou il y a quelques années mais il est passé de mode depuis un bon moment ; 3) à part quelques ayatollahs de l'efficience des marchés financiers, on commence déjà à avoir d'autres approches de la finance. En particulier, les limites de la valeur fondamentale et des distributions de probabilités sont bien connues, en raison de l'incertitude knightienne. Finalement, il n'y a rien là de très original. Pour ma part, j'apprécie les économistes autrichiens qui ne reconnaissent aucune de ces 3 hypothèses. Mais on pourrait aussi citer les post-keynésiens. Comme par hasard, ces deux écoles, qui n'adhèrent pas au credo néoclassique, sont aussi celles qui ont le plus de choses à dire sur la théorie des cycles économiques. On regrette qu'André Orléan ne les cite pas dans son livre. Par exemple, dans la présentation du paradigme néoclassique, aucune distinction n'est faite entre Menger d'une part, et Walras et Jevons de l'autre. Les Principes d'économie politique de Menger, ainsi que ses Recherches sur la méthode, ne sont pas cités. Or, pour l'essentiel, la critique du paradigme néoclassique figure déjà dans ces ouvrages de la fin du XIXème. Oups... Quelle est donc la théorie alternative de la valeur proposée par l'auteur ? "Le désir de monnaie, et non la quête de biens utiles, est la force qui donne vie à toute la mécanique marchande ; il en constitue l'énergie originelle." Autrement dit, c'est le désir de monnaie et non d'utilité qui motive l'échange. Mais une telle approche est manifestement incomplète puisqu'elle ne peut pas rendre compte des associations à but non lucratif, des activités bénévoles, etc. Par ailleurs, elle est parfaitement compatible avec le marginalisme. Certes, les successeurs de Jevons et Walras ont le plus grand mal à intégrer la monnaie dans leur cadre mathématique. Mais pour les successeurs de Menger, le raisonnement marginal s'applique à la monnaie comme aux autres biens. La monnaie est intégrée dans le raisonnement économique : problem solved. Par ailleurs, suite à ses travaux sur les bulles, André Orléan insiste sur les phénomènes de mimétisme. En particulier, la valeur de certains bien est auto-référentielle, elle résulte d'un processus d'interactions sociales. Ce n'est pas une quantité intrinsèque. Ben oui, so what ? D'une part, comme il a été dit plus haut, la théorie néoclassique de la valeur n'est PAS intrinsèque mais subjective (c'est vrai non seulement pour Menger, mais aussi pour Jevons et Walras). Par ailleurs, mimétisme et utilité ne sont pas mutuellement exclusifs. Affirmer qu'il existe des phénomènes collectifs de mode, de mimétisme, de convergence des préférences, etc. ne permet en aucun cas de nier que les actions des agents reflètent leurs préférences subjectives individuelles. Là encore, un coup d'oeil aux autrichiens permettrait de clarifier la discussion en distinguant correctement thymologie (le processus de formation des préférences individuelles) et praxéologie (les conséquences logiques de ces préférences). Cf. L'action humaine de Mises. Lorsqu'un auteur autrichien est cité, le propos est déformé au-delà de la caricature. Par exemple, partant d'une citation de L'homme, l'économie et l'Etat de Rothbard : "L'idée de souveraineté de l'individu conduit à une vision extrême de la séparation marchande en ce que chacun y est perçu, non seulement comme juridiquement autonome en tant que propriétaire de ses biens, mais également intérieurement indifférent aux autres." "intérieurement indifférent aux autres" ??? Ca sort d'où ? Certaines affirmations sont hâtives ou carrément fausses, comme : "Étant acceptée par tous, la monnaie jouit d'une liquidité absolue". Le coût de l'échange indirect serait nul ? Bien sûr que non... Ou encore : "On se trouve confronté à autant d'évaluations qu'il y a de biens et de circonstances d'échange sans pouvoir en déduire quoi que ce soit. Cette propriété joue un rôle important dans la stabilité du rapport monétaire. Elle nous dit que la monnaie échappe à l'évaluation." C'est un non sequitur. Oui, le "prix" de la monnaie est un ensemble de ratios entre la monnaie et toutes les marchandises. Est-ce que pour autant la monnaie échappe à l'évaluation ? Non. Chacun se fait une idée, une anticipation, du pouvoir d'achat de la monnaie. Nous "l'évaluons" subjectivement, et en conséquence nous détenons une certaine quantité de monnaie. Si notre évaluation du pouvoir d'achat de la monnaie ou nos anticipations changent, la demande de monnaie évolue. Parfois, on dérape dans le verbiage, le pur blabla : "Quand la monnaie parle, ce n'est jamais le langage de l'économie qu'elle tient, mais toujours celui, tout autre, de la souveraineté. Elle donne à voir la société en tant qu'autorité, mimétiquement unifiée autour de croyances, ce que l'individualisme libéral ne saurait accepter. La monnaie est inquiétante." C'est cela, ouiiiii... Bref, le livre pose une question importante. L'idée de "refonder l'économie" n'est pas ridicule quoi qu'en disent certain commentateurs. Mais le propos est faiblement argumenté et peu informé sur l'histoire de la pensée économique - notamment les autrichiens qui ont beaucoup à dire sur la théorie de la valeur et les crises économiques. Menger et son traducteur Gilles Campagnolo sont cités plusieurs fois, mais pas les ouvrages les plus importants. Mises, Hayek et Rothbard encore moins. Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
8 internautes sur 10 ont trouvé ce commentaire utile
4.0 étoiles sur 5
L'économie scientifique existe,
Ce commentaire fait référence à cette édition : L'empire de la valeur : Refonder l'économie (Broché)
L'économie scientifique (du moins au sens "science humaine") existe et ce bouquin en est la preuve. On savait déjà que la théorie néo-classique dominante était plus de l'idéologie normative que de la description de la réalité économique, mais une partie de ce livre le rappelle à nouveau avec des démonstrations très claires. Ce n'est pas le plus intéressant néanmoins, puisque nombre de livres démontrent depuis longtemps les graves failles épistémologiques de la théorie néo-classique. Ce qui est nouveau ici, c'est que l'auteur nous dit pourquoi cette non-scientificité reconnue de la théorie mainstream ne lui a aucunement nuit, contrairement au démenti trop évident de la réalité que fut la crise des subprimes (que nous vivons toujours). L'analyse du concept de valeur est ici déterminante.Enfin, le plus important, est l'exposition de certaines idées de la théorie de la régulation et la démonstration de leur utilité pratique en vue de refonder de manière plus scientifique la discipline économique, c'est-à-dire en oubliant la supposée existence d'une valeur objective. L'aspect descriptif et explicatif des phénomènes est clairement plus proche de la réalité avec ce paradigme hétérodoxe, ne nous attendons toutefois pas encore à avoir la démonstration d'une valeur prédictive. Du moins, l'auteur ne le prétend pas et place donc fort logiquement l'économie dans les sciences humaines. Cela ne plaira sans doute pas à tout le monde dans la discipline... Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
3 internautes sur 8 ont trouvé ce commentaire utile
5.0 étoiles sur 5
Pourquoi la "science économique" est une imposture.,
Ce commentaire fait référence à cette édition : L'empire de la valeur : Refonder l'économie (Broché)
André Orléan n'est pas n'importe qui, il sait de quoi il cause. Raison de plus pour lire son bouquin.Il y reprend et développe des idées qu'il avait déjà énoncées, mais avec plus de cohérence et de complétude cette fois-ci. Il nous explique sur quelle erreur de raisonnement initiale repose ce qui nous sert de théorie économique et qui nous plonge dans le bazar actuel. A lire absolument. Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
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