Ce film m'a saisi. Je ne m'attendais pas à l'être pourtant, au regard de la disparité des commentaires sur Amazon. Mais enfin, mon épouse l'avait choisi; alors la soirée était décidée.
Le cinéma français peut être fier de sa richesse d'actrices.
Catherine Frot est sublime dans le rôle d'une mère en instance de divorce, d'une très grande fragilité psychologique. Ses troubles sont traduits dans le physique. Visage inexpressif, tel qu'il peut apparaître sur des personnes ravagées par la douleur et la fatigue, émotions à fleur de peau, sensibilité troublante, au bord de la folie tant son équilibre est fragile. Cette femme est perdue. Elle aime son fils Thomas mais la découverte, lors d'un anniversaire chez des amis de ce dernier, va provoquer son grand déséquilibre. Cette rencontre est celle d'une fillette, Lola, de 7 ans qu'elle sent immédiatement être sa fille. Or sa fille, Lucie, est décédée voici 6-7 ans. Transfert ? La douleur peut jouer de sales tours. Tout son entourage familial et amical en est convaincu. Le spectateur aussi, qui partage, en pensée, la souffrance de cette femme si humainement pitoyable.
Sandrine Bonnaire en contrepoint est la parfaite mère au foyer, avec ses deux enfants dont Lucie, heureuse, épanouie. Mari aimant. Bon cadre bourgeois. Elle va être renversée par l'insistance, oppressante, de Catherine Frot.
Premier plan : Catherine Frot au volant de sa voiture, tôt le matin dans les rues d'une grande ville (Paris ?). Elle stoppe. Barrage de camions de pompiers, d'ambulances; incendie, fumée. Voulant reculer, elle ne le peut pas, car d'autres voitures se sont rangées derrière la sienne. Et pourtant, alors que son véhicule est immobile, le spectateur entend le bruit que produit le moteur quand il entraîne l'auto en marche arrière. Le ton est donné.
Ce film s'est inspiré d'une histoire vraie. Son traitement est différent de celui de Etienne Chatillez, bien sûr, à l'opposé même. Mais il ne pouvait en être autrement. Il y a un cadavre dans cette tragédie. Remarquable.