Il est des disques qui fascinent, qui marquent et laissent une empreinte durable au point de devenir l'aimant vers lequel nous sommes invariablement attirés. "Lento" est indéniablement de ceux-là. Dans ce cinquième opus produit en France mais surtout son quatrième majeur après respectivement "So I am" qui l'a sortie de l'ombre puis "Voyage" qui la propulsée dans la lumière et "Same girl" qui en fit une star du jazz vocal contemporain, Youm Sun Nah fait plus que confirmer dans ce nouvel album totalement magique.
Chacun des trois albums précédemment cités installait la belle coréenne partageant son temps entre la France où elle vit une grande partie de l'année et la Corée où elle rejoint son mari (le directeur du plus grand festival de jazz de Seoul) et sa famille régulièrement, dans un climat intime et personnel. Un climat fait d'une musique minimaliste presque toujours accompagnée de son comparse, l'immense guitariste suédois Ulf Wakenius. Un climat qui mettait en valeur les qualités vocales extraordinaires qui sont les siennes, une tessiture qui s'étend de l'alto au quasi suraigu des sopranes.
On retrouve bien sûr ces mêmes qualités dans "Lento" mais avec deux changements majeurs par rapport à ses productions précédentes. Tout d'abord, Youm Sun Nah se lâche, laisse l'émotion couler à flots et utilise sa technique pour focaliser cette émotion qui finit par nous arracher de véritables frissons et des larmes de joie. Et puis, l'instrumentation s'enrichit donnant des harmoniques complexes et chatoyantes, bonifiant la voix de la chanteuse. En plus de l'ami Ulf (un des très grands guitaristes de jazz actuels), on trouve ce prodige de l'accordéon de jazz qu'est Vincent Peirani, un jeune musicien qui, lui aussi, est en train d'exploser et de s'imposer comme une évidence sur les scènes musicales. La contrebasse chantante et discrète de Lars Danielsson et les percussions efficaces et musicales de Xavier Desandre-Navarre finissent d'installer cette aura musicale qui fait l'unicité de cet enregistrement.
Tout cela permet à l'artiste soliste de passer par de multiples registres, cascadant du chant traditionnel coréen juste accompagné de la guitare de Wakenius à la parodie de western, du cri d'amour au cri de révolte, de la douceur d'aimer à la douleur d'attendre. Nous voici captivé, happé dans un malstrom dont il devient impossible d'échapper pour notre plus grand bonheur d'autant que la prise de son est à son sommet de transparence et de pureté, à l'image des mélismes qui nous transportent.
Précipitez-vous sur ce chef-d'oeuvre !