Des quatre albums dédiés
aux poètes, "Léo chante
Aragon" est le premier que j'ai écouté. Le tout premier de Léo aussi. La "borne angulaire" de mon amour pour Ferré, en somme. On est toujours heureux de découvrir cette galette, tant elle est traversée par la grâce. Une grâce ineffable, poétique et musicale...
Une rigueur aussi dans l'orchestration et les constructions harmoniques. Une expérience inoubliable en tout cas. Quand on écoute cet album pour la première fois, la passion nous envahit, nous saisit... De Ferré, on veut alors tout connaître, tout découvrir, tout écouter. Et dieu sait que sa carrière fut l'une des plus longues (plus de quarante ans) et des plus prolifiques (près de quarante albums, sans parler des hommages, des concerts posthumes, etc...). Bref, j'ai encore du pain sur la planche. De Ferré, je dois n'en posséder qu'une dizaine. N'ai pas fini mon pélerinage... Enfin et surtout, c'est l'occasion de retrouver la beauté de la langue française. Mieux, une vraie "croisade poétique", comme on l'a souvent répété.
Sorti en 1961 chez Barclay entre le sublime
Paname et
Les Chansons Interdites, Léo Chante Aragon est composé de dix titres tous aussi beaux les uns que les autres. Le premier thème (L'affiche rouge) est toutefois le plus âpre, le plus radical (avec ses choeurs que l'on croirait tout droit sortis de l'ex-URSS). C'est une sorte de révolte contre les propagandes, militaire et révolutionnaire, qui voudraient nous faire croire que par serment et pour la liberté, l'individu devrait sacrifier sa vie, mourir pour sa patrie, au prix du sacrifice de l'inessentiel, c'est à dire à tout ce qui n'est pas cette liberté...
Le reste est harmoniquement irréprochable, un hymne à la paix, à l'amour et à la poésie (
Rainer Maria Rilke est même évoqué). Les paroles d'Aragon font mouche, surtout à notre époque, où tout le monde (ou presque) se croit artiste en passant par la Star-ac ou je ne sais quoi encore ("l'on n'a pas tous les mêmes cartes, tout le monde n'est pas
Cézanne"). La beauté des textes et des harmonies se mêle à des réflexions bouleversantes, notamment sur les amours éphémères (dans "Est-ce ainsi que les hommes vivent", Aragon et Ferré portent déjà un regard lucide sur notre monde contemporain, déceptions amoureuses, misère morale, etc. -"et leurs baisers au loin les suivent"-...). Léo Chante Aragon est peut-être, avec
Léo Chante Baudelaire son œuvre la plus accessible. En tout cas, pour moi, c'est l'une des plus belles et des plus essentielles. A ne manquer sous aucun prétexte. PS. Petit commentaire dédié à Papi Mormès... ;o)