Au cours d'une veillée funèbre, la vieille Thérèse se souvient de sa jeunesse dans le sud de la France... Au début des années 1880, elle quitte la campagne pour s'installer en ville avec son fiancé, Firmin, maréchal-ferrant. Engagée comme servante dans une auberge, elle fait bientôt la connaissance de M. Numance, un notable bienveillant, dont la ravissante épouse a contracté de nombreuses dettes. Tombée enceinte de Firmin, Thérèse perd bientôt son travail. La jeune femme s'arrange alors pour susciter la pitié des époux Numance, qui lui proposent d'emménager dans un pavillon construit sur le terrain de leur grande propriété...
La forme narrative est posée : le traitement classique du flash-back va servir de fil conducteur. Mais il aurait sans doute fallu un montage plus rigoureux, car on se perd régulièrement et le sens finit par échapper à diverses reprises, entraînant progressivement une certaine lassitude chez le spectateur.
Après s'être attaqué à Proust avec "Le Temps retrouvé", Raoul Ruiz aborde, avec "Les Ames fortes", un autre morceau de choix de la littérature française en adaptant à l'écran le roman du même nom de Jean Giono. Une tentative décevante au regard du manque d'originalité de la mise en scène qui peine à donner vie à ce projet ambitieux.
Vraisemblablement peu inspiré par l'œuvre de Giono dont il n'aura retenu que l'amour des paysages provençaux, Ruiz nous offre un film plutôt lisse et plat. Le personnage de Thérèse, jeune femme décidée qui prend peu à peu conscience du pouvoir que sa beauté lui permet d'avoir sur les autres, est incarnée assez maladroitement par Laetitia Casta. Mme de Numance, l'élégante bienfaitrice du bourg, est interprété par une Arielle Dombasle qui surjoue. John Malkovich n'est guère au mieux de ses possibilités ; on comprend à peine ce qu'il dit parfois, et son jeu n'est pas convaincant. Diefenthal, qui peut nous réserver de belles surprises, ne colle jamais vraiment au personnage de Firmin. Malgré quelques mouvements de caméra intéressants parfois (gros plans, jeux de miroir), habituels chez Ruiz, la dimension psychologique du roman de Giono est édulcorée par la réalisation du cinéaste chilien. De facture assez classique, "Les âmes fortes" garde une étrange distance avec ses protagonistes presque réduits à l'état d'archétypes et n'arrive pas à créer mystère et fascination autour de ces personnages.
Là où le livre de Giono nous conduisait aux questionnements essentiels de l'existence, à l'étude noire d'une âme humaine animée emportée par des passions qui la dépassent, le film de Ruiz se contente de relater, sans passion, le parcours de l'ambitieuse et calculatrice Thérèse.