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Livre saboté, plusieurs fois brûlé par son auteur (qui voulait lui donner une issue "morale") et resté largement inachevé à la mort de Gogol en 1852, Les Âmes mortes révèlent, outre le génie littéraire de leur créateur, le combat acharné d'un homme vers un but et contre des forces qui le dépassent. Vaste méditation sur la mort, cette épopée comique aux relents de cauchemar, construite dans le plus pur style de l'épopée picaresque à la Don Quichotte, nous entraîne avec une virulence de ton parfois diabolique dans un monde où les morts se monnayent et se négocient, quand les vivants eux prennent l'allure de grotesques fantômes. Univers fantasmagorique où le mensonge, le délire et la logique du rêve se télescopent.
Dickens et son Pickwick (à peu près contemporain, Gogol esquissant son livre dès 1837) ne sont pas loin. Mais Dante non plus, un Dante qui ne nous aurait laissé que son Enfer, et dont le Purgatoire, comme le Paradis, auraient été livrés aux flammes, dans une frénésie autodestructrice à laquelle Kafka - le véritable héritier de Gogol - faillit lui-même bien plus tard succomber. --Scarbo --Ce texte fait référence à lédition Broché .
Présentation de l'éditeur
Grands et petits fonctionnaires qui n'ont d'existence que par leurs fonctions, mégères castratrices ou femmes idéales sur papier glacé, figures d'hommes persuadés de " peser " sur la vie et le monde mais toujours en rivalité avec d'autres qui ont encore " plus de poids ", menteurs et arnaqueurs, parfois non dénués de talent, tels sont les personnages de Nikolaï Gogol. Le décor de ses textes - car il s'agit bien d'un décor - n'est guère plus réjouissant : une métropole qui a poussé comme un champignon en un lieu insalubre et qui écrase l'individu, le poussant vers la mort ou la folie ; un territoire immense, sorte de gigantesque fondrière dans laquelle il est aisé de s'enliser et pourtant traversée par un véhicule qui file à vive allure : où va-t-il ainsi ? Vers quoi ? Pas de réponse... L'ensemble paraît dramatique, sinon désespéré. Or, le mot, la phrase de Gogol font rire. Rire absurde, grotesque, qui peut être méchant ou débonnaire. Sous la plume de l'écrivain, les perspectives s'inversent, le grand se fait insignifiant, l'insignifiant se fait grand, l'humanité se désincarne ou part en morceaux. Comme l'avait bien vu Nabokov, entre le comique et le cosmique il n'y a chez Gogol qu'une lettre de différence... Ce n'est donc pas un hasard si Marc Chagall, avec son goût pour les calembours graphiques, ses personnages volants et son invraisemblable tendresse, a trouvé en Gogol un frère spirituel. À la demande d'Ambroise Vollard, Chagall livre en 1924 sa relecture des Âmes mortes en quatre-vingt-seize eaux-fortes, qui ne seront publiées qu'en 1948 par Tériade, pour le bonheur de quelques privilégiés, dans une édition de luxe à tirage limité.
Aujourd'hui, dans une nouvelle traduction d'Anne Coldefy-Faucard qui restitue aux Âmes mortes leur irrésistible pouvoir comique, le lecteur reconnaîtra pour la première fois " la ville de N. " de Gogol... dans le Vitebsk de Chagall !
Aujourd'hui, dans une nouvelle traduction d'Anne Coldefy-Faucard qui restitue aux Âmes mortes leur irrésistible pouvoir comique, le lecteur reconnaîtra pour la première fois " la ville de N. " de Gogol... dans le Vitebsk de Chagall !


