Le titre français de ce film, "Les anges marqués", ne dit rien de l'histoire d'une mère qui cherche inlassablement son enfant après Auschwitz, c'est le titre original, "The search", qui le dit.
Mais c'est de l'autre histoire racontée par ce film magnifique que j'ai envie de parler, celle qui s'écrit entre le soldat et l'enfant.
Fred Zinnemann, tout juste trois ans après l'apocalypse, met en scène la résilience, quand la vie renaît du chaos, l'action se situe à Berlin, sur les ruines fumantes de l'Allemagne défaite.
Steve est un soldat américain au regard d'ange qui compte les jours le séparant de son retour au pays.
Mais il croise Karel, l'enfant tchèque, un ange au regard d'animal blessé, qui ignore que sa mère le cherche inlassablement, enfant perdu, en guenilles, affamé, aux pieds nus et ensanglantés, terrorisé, rendu autiste par Auschwitz et l'indicible d'Auschwitz, il n'a que trois mots, "Ich weiss nicht".
Steve aperçoit Karel.
Il lui lance son casse-croûte depuis la jeep où il est nonchalamment assis, l'histoire qui va s'écrire entre le soldat et l'enfant commence ainsi.
Karel dévore puis regarde fixement le soldat américain au regard d'ange, immobile, vigile.
Steve cède à l'impulsion du coup d'accélérateur qui lui fichera la paix mais il rebrousse chemin pour s'emparer de Karel, il a lu son regard muet, il a entendu son cri silencieux.
Steve capture Karel pour le protéger et le réparer, il lui rendra sa liberté quand le moment sera venu, comme on soigne l'aile blessée d'un oiseau avant de lui rendre son envol.
Karel se débat, il ne connaît que le salut de la fuite, puis il choisit de revenir vers Steve et de se nicher dans sa protection.
Steve apprivoise Karel, avec patience et impatience, il veut entendre le son de sa voix, il veut qu'il lui dise "yes or no", Karel est muet mais quand une ruse de Steve fait jaillir de sa gorge un "no" catégorique, on rit et on pleure.
Steve et Karel sont dans la force de vie du lien, Karel parle anglais, sourit, regarde Steve avec une confiance retrouvée, Steve n'est plus pressé de rentrer en Amérique.
Vient le moment d'ouvrir la cage de l'attachement reconstructeur, l'oiseau blessé a retrouvé ses ailes, il peut s'envoler vers son destin d'ange marqué, d'enfant inlassablement cherché par sa mère.
Le gosse qui incarne Karel est merveilleux.
Montgomery Clift est Steve.
Acteur splendide, grâce, naturel, sobriété et maîtrise mêlés.
Steve et Karel, le soldat et l'enfant, nous racontent une magnifique histoire, quand la grandeur humaine fleurit sur les décombres de la folie humaine.