Hugo Friedhofer, Suites pour Orchestres tirées de quatre B.O., Stromberg, 1996, 1 CD Marco Polo.
On ne remerciera jamais assez William T. Stromberg, et John Morgan, transcripteur et restaurateur de partitions, du travail qu'ils auront fait au service de la musique de film américaine des "Trente glorieuses", c'est-à-dire les années 30, 40 et 50.
Cet hommage à Hugo Friedhofer, pur produit de la Californie (né à San Francisco en 1901, mort à Los Angelès en 1981), et formé à Hollywood pour Hollywood, était plus que bienvenu. Orchestrateur brillant ayant aidé Korngold à se sortir des difficultés qu'il rencontrait avec sa première partition pour le cinéma, "Captain Blood", orchestrateur attitré de Max Steiner, Friedhofer n'a jamais atteint la même notoriété que ces confrères malgré son Oscar pour la musique du magnifique "Les Meilleures années de notre vie".
Confiné au rôle d'orchestrateur par Leo Forbstein, directeur du département musique de la Warners, Friedhofer eut enfin, en 1937, l'opportunité de se voir confier la bande originale d'un film. Alfred Newman étant trop occupé, Samuel Goldwyn le débaucha pour lui confier la musique des "Aventures de Marco Polo", un film à l'exotisme d'un kitsch irrésistible, avec Gary Cooper en Marco Polo et dont on attend toujours une édition en DVD de ce côté de l'Atlantique.
S'il y a un reproche à faire à ce CD, c'est sa pochette. Elle laisse à penser que la bande de "Marco Polo" constitue l'essentiel du disque quand elle n'en occupe que la plus petite partie ( 13'09"), et c'est dommage. Mais les suites tirées par John Morgan des B.O. de "The Lodger" (Jack l'Eventreur, 1944), de "The Rains Of Ranchipur" ("La Moisson", 1955), un délicieux soap en technicolor de Negulescu dans lequel un médecin indou, joué par Richard Burton, superbe sous ses turbans de soie, s'éprend de l'épouse d'un officier anglais, Lana Turner; et enfin celle, la plus belle de toutes, à mon goût, tirée de "Seven Cities Of Gold" (1955), un film, toujours inédit en DVD, racontant la recherche par des Espagnols au XVIII° siècle de "Sept Cités d'or", sept trésors légendaires prétendûment enfouis par les Indiens quelque part en Californie, ces trois suites sont de vraies et belles découvertes.
Moins caractérisée, moins immédiatement reconnaissable que celle de ses confrères, Steiner, avec son lyrisme un peu redondant, Korngold, avec son impétuosité, ses sons comme boulés qui expriment si bien la fougue et l'excitation du combat, ou encore Rozsa et son sens incomparable de la solennité et de l'hiératisme, la musique de Friedhofer, du fait peut-être de sa longue formation d'orchestrateur, se fond davantage dans l'oeuvre, est davantage à son service et malgré des thèmes d'un grande beauté (particulièrement dans "Seven Cities"), accroche moins l'auditeur, sûrement parce que son charme est plus subtil...
C'est ce que David Raksin a dit en rendant hommage au trop modeste Friedhofer : "Je pense qu'il avait une meilleure intelligence de la musique de film que la majorité d'entre nous. Il était mieux formé et souvent plus subtil. C'était un maître en son domaine."