« Frères humains, laissez-moi vous raconter comment cela s'est passé. »
Un notable d'aujourd'hui, tranquille fabricant de dentelles dans le Nord de la France, rencontre, pour ses affaires, Hans Frank, un client allemand. Les deux hommes se comprennent à demi-mot : ils se connaissent depuis quarante ans. Ils étaient officiers dans la SS pendant les années noires du Troisième Reich. Dans ces années-là, notre digne commerçant était le Dr Max Aue, diplômé en droit, officier de la SA, unité paramilitaire du Parti National Socialiste.
De 1933 à la fin du conflit il fut un fonctionnaire rigoureux et convaincu du régime nazi. Il nous invite, sans mettre de gants à sa plume, à reparcourir cette période de l'Histoire que la génération de « l'après » connaît peu : comment montrer, comment nommer ? Les bourreaux, eux, ne parlent jamais : ils se fondent dans le paysage. Les victimes, la plupart du temps se taisent : comment dire l'indicible ?
Le Dr Aue, lui, est sans états d'âme et sans remords, « libre de toute contrition ». Il ne regrette rien des massacres planifiés, organisés, auxquels il a participé. Cette épopée terrible et terrifiante, nous emmène à l'arrière-ban des conquêtes du Reich, de la Pologne à l'Ukraine, de Stalingrad à l'écrasement de Berlin Rien ne nous est épargné. Aucun recul possible. Le récit est cru, brutal, admirablement écrit et construit. Il nous faut boire ce vin jusqu'à la lie, le c½ur entre les dents et rester un long moment, stupéfaits, anéantis et silencieux, la main posée sur la dernière page. Car cela fut !
« Ceux qui tuent sont des hommes, comme ceux qui sont tués, c'est cela qui est terrible. Vous ne pouvez jamais dire : je ne tuerai point, c'est impossible, tout au plus pouvez-vous dire ; J'espère ne point tuer. »