Cuits et recuits par le soleil, grillés recto-verso comme au restaurant, ces Bronzés sentent le roussi. Il faut reconnaître qu'on y allait à reculons, tant cette camelote pue le cynisme à des kilomètres et parait dénuée de toute sincérité. Pourtant, une fois dans la salle, on s'avoue aussi que "Les Bronzés" d'époque restent des comédies très marquantes, dont on a plaisir à se souvenir. Alors un troisième volet, pourquoi pas après tout. Mais il faudrait que ça fonce, que ce soit un peu la fête. Or pas du tout. Ces Bronzés sont jaunis par les UV, nul soleil ne saurait leur donner des couleurs. Il n'y a rien de joyeux dans cette comédie, c'est terrible. Rien de gai, rien de léger. Ce ne sont pas des Bidochons qui sont de retour, ce sont les barons du cinéma français qui viennent amuser la populace dans un hôtel 5 étoiles. Voyez Jugnot, de tous le plus sinistre : simuler une paralysie psychologique lui permet de faire le débile mental, le pitre à peu de frais, genre je suis l'homme le plus puissant du cinéma français et pourtant j'aime faire le c**. Et puis je joue le beauf mais je sauve mon âme in extremis. Voyez Michel "salut c'est moi sous la perruque" Blanc, comment il s'installe dans son premier plan, fait coucou à la caméra, au spectateur. On dirait qu'il nous dit : "ils sont content les couillons dans la salle ? Ils ont acheté leur ticket, ils veulent se détendre, hein ?". Les personnages d'il y a trente ans sont morts. Or il aurait fallu que tout reprenne comme avant, que le personnage de Lhermitte (le plus mauvais acteur de tous, sans aucun doute) reste ce qu'il était : un queutard superficiel, insouciant, assumé, sympa quoi. Là on le retrouve avec sa bourgeoise (Ornella Mutti, c'est triste) et sa maîtresse, il est mesquin. D'ailleurs il ne s'appelle plus Popeye, ça le dégoûte, mais Robert. Ro-bert. Bizarrement, seul Christian Clavier s'en tire à peu près. Il n'a jamais été hilarant ni même vraiment supportable, Clavier, mais il fait toujours son métier de pitre avec application. Là, il tente de donner du rythme au film, il fait son boulot sans surmoi, contrairement à Michel "wannabe auteur torturé" Blanc ou au populiste Jugnot.
Quant au scénario, c'est du foutage de gueule intégral. Imaginez le pitch : Dominique Lavanant vient se venger de Clavier qui, chirurgien esthétique, avait raté son ravalement de façade. Alors elle se fabrique une fausse patte d'ours et griffe la tête chauve de Michel Blanc. C'est tout. On rêve. Et dire qu'ils trinquent à l'amitié, alors que tous les personnages se détestent les uns les autres... C'est un film sur la haine de soi (les "putain d'Europe !" qu'éructe le personnage de Blanc, exilé "aux States"), une sorte de dégoût égocentré, plein de ressentiment : ils haïssent leurs personnages d'il y a trente ans, c'est évident, ça se voit. Pourquoi faire le film, alors ? Pour le fric, oui, on s'en doute. Alors les acteurs en font des tonnes pour les presser comme des citrons, avant de les jeter à la poubelle. Et passent sur les plateaux télés pour baver leur amitié, dire qu'ils se sont amusés comme des fous, que c'était tellement bien de se retrouver tous ensemble, et que vous êtes tous conviés, moyennant 8 euros, à constater à distance hygiénique qu'ils s'adorent. Evidemment le tout est filmé à la hussarde, c'est moche, comme ces plans d'hélicoptère qui ne servent à rien, sinon à justifier les 35 millions d'euros de budget. Et le film est gueulard, ça fait mal à la tête. On arrête là, c'est pathétique.