Et dire que ce film incroyable, honni de son distributeur qui ne comprit pas grand chose à la force cinématographique de cette oeuvre d'art, faillit ne jamais sortir... injustice largement réparée depuis, "Les Chaussons Rouges", grâce notamment à sa redécouverte par la nouvelle vague américaine (Coppola qui lui rendit hommage dans son magistral Tetro, Spielberg, Scorsese qui participa à sa restauration...) est devenu l'un des plus célèbres films sur l'univers de la danse, surclassant bien des productions hollywoodiennes, et dont l'aura se répand jusqu'à aujourd'hui avec le "Black Swan" d'Aronofsky.
Film flamboyant, porté par un Technicolor qui laisse éclater toutes les couleurs dont ce film injecté a besoin ; film-documentaire sur l'univers de la danse classique, perfectionniste jusqu'à la pathologie, avec son fameux directeur artistique d'une exigence sadique, double de Powell lui-même et inspiré du directeur des Ballets Russes du début du XXe siècle ; film esthétique, qui nous offre 17 minutes de pure jouissance visuelle, symbolique et expressionniste, dans la plus magistrale séquence de ballet jamais réalisée ; film dramatique, qui nous parle de choix entre la danse et la vie, de destin, de sacrifice pour l'art, de jalousies internes, de conflits silencieux ; film un peu métaphysique aussi, qui laisse en suspend la question de savoir si la danseuse "danse" ou si elle "est dansée" par une force qui la dépasse, la porte, puis finalement la consume et la tue.
J'avais presque envie de retirer une étoile à cause d'une certaine pesanteur de quelques passages inter-ballets, une lenteur à se mettre en place aussi... mais cette remarque, sans doute trop subjective, ne mérite pas sanction.
C'est un chef-d'oeuvre, et c'est très bien comme ça.