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Les Chemins de la liberté, tome 1 : L'age de raison
 
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Les Chemins de la liberté, tome 1 : L'age de raison [Broché]

Jean-Paul Sartre
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Présentation de l'éditeur

L'avion s'était posé. Daladier sortit péniblement de la carlingue et mit le pied sur l'échelle ; il était blême. Il y eut une clameur énorme et les gens se mirent à courir, crevant le cordon de police, emportant les barrières.... Ils criaient " Vive la France ! Vive l'Angleterre ! Vive la Paix ! ", ils portaient des drapeaux et des bouquets. Daladier s'était arrêté sur le premier échelon : il les regardait avec stupeur. Il se tourna vers Léger et dit entre ses dents :
- Les cons ! --Ce texte fait référence à l'édition Poche .

Détails sur le produit

  • Broché: 441 pages
  • Editeur : Gallimard (2 octobre 1945)
  • Collection : Blanche
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2070257584
  • ISBN-13: 978-2070257584
  • Moyenne des commentaires client : 5.0 étoiles sur 5  Voir tous les commentaires (2 commentaires client)
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Une semaine particulière 23 janvier 2011
Par Valnoise TOP 1000 COMMENTATEURS
Format:Poche|Achat authentifié par Amazon
Le 23 septembre 1938 était un vendredi. Dans la soirée, à Bad Godesberg (7 kilomètres de Bonn), le Premier ministre britannique rencontra Hitler, pour parler de l'avenir des Sudètes, région de la Tchécoslovaquie où vivaient 3,5 millions de germanophones et que l'Allemagne revendiquait. Leur réunion dura toute la nuit. Huit jours plus tard, Chamberlain et Daladier signaient avec Hitler et Mussolini les accords de Munich, qui donnèrent gain de cause au Reich. De ce côté-ci du Rhin (« lâche soulagement »), la France pouvait retourner à la belotte.

C'est cette semaine particulière - on rappela des réservistes, on sonna le tocsin, des malades de Berck furent même évacués en train -, que nous raconte Jean-Paul Sartre dans Le sursis, second volume des Chemins de la liberté.

Tout commence rue Royale, où deux prolétaires en goguette, Maurice et Zézette, se baguenaudent devant chez Maxim's, quand ils rencontrent Brunet, journaliste à L'Humanité (« il portait un col et une cravate, un complet de flanelle, il semblait à l'aise au milieu des bourgeois ») :

« - Et alors ? dit Zézette. Est-ce qu'il va y avoir la guerre ? »

Car les nouvelles de Paris-Soir ou de la TSF ne sont pas bonnes, l'orage gronde. Tout le monde s'alarme : les prolétaires, les « culs-terreux » (sic), les bourgeois, les curés, les intellectuels... Même si Mathieu Delarue, dont nous suivons les tribulations tout au long du cycle romanesque, reste un peu en retrait. Professeur de philosophie encore dans la trentaine, mais déjà passablement désenchanté (« comme un prêtre qui a perdu la foi »), Mathieu a du mal à être avec les autres (« il se sentait séparé »). Une sorte de surconscience l'affecte, dans la certitude qu'il a d'être « condamné à être libre » (« Je suis libre », se dit-il soudain. Et sa joie se mua sur-le-champ en une écrasante angoisse. »).

L'horreur bien connue de Sartre pour le subépidermique et les besoins dits naturels se donne libre cours en plusieurs endroits du roman. Nous sommes à Berck, on prépare le départ en train, Mme Louise entre dans la chambre de Charles qui vient d'appeler :

« - Donnez-moi vite le bassin, dit Charles. Vite, vite !
- Qu'est-ce qui vous arrive ? Ce n'est pas votre heure.
- J'ai de l'angoisse, dit Charles. Ça doit être pour ça. »

L'aide-soignante dispense ses soins et la situation s'érotise :

« - Là ! dit-elle. Mettez-vous sur le ventre pendant que je pose le bassin ; je vais finir de vous essuyer.
Il se mit sur le ventre, il l'entendit marcher dans la pièce et puis il sentit la caresse de ses doigts experts. C'était le moment qu'il préférait. (...) Son sexe se durcit sous lui et il le caressa au drap frais. »

Installé dans le train, « Charles se sentait sale, à l'intérieur, un paquet de boyaux collants et mouillés : quelle honte, s'il fallait demander le bassin devant les filles. »

Et ce qui devait arriver arrive :

« - Ça y est, pensa Charles. J'ai envie de chier. » Ça s'était produit tout d'un coup : son ventre était devenu plein à déborder. (...) Ça l'avait pris dans le ventre comme un fou rire, cette sombre et violente envie de s'ouvrir et de pleuvoir par en-bas ; un papillon éperdu battait des ailes entre ses fesses. Il serra les fesses et la sueur ruissela sur son visage, coula vers ses oreilles en lui chatouillant les joues. « Je vais tout lâcher », pensa-t-il, terrorisé. »

Composé de huit chapitres, correspondant aux journées de cette folle semaine, Le sursis fait vivre une multitude de personnages dont les destins s'entrecroisent à la manière de Virginia Woolf dans Ms Dalloway (1925), selon une imprévisibilité parfois amusante (sans crier gare l'auteur nous fait sauter de Prague à Paris, et passer de la conscience de Chamberlain à celle d'Odette, ou de Marcelle à Daladier) mais qui peut perturber le lecteur et finir par lasser.

Plaçant des formules à l'emporte-pièce devenues parfois célèbres (« Mais qu'est-ce que c'est, un juif ? C'est un homme que les autres prennent pour un juif »), Jean-Paul Sartre, qui excelle dans la conduite des dialogues, y compris sur le registre du parler populaire, loin d'être celui de son milieu bourgeois ou de sa formation de normalien et qui pourtant sonne juste (mais avec pas mal de vocabulaire ou d'expressions idiomatiques aujourd'hui tombés en désuétude), se livre avec virtuosité à une description hyperminutieuse des choses les plus insignifiantes :

« (...) le ciel gardait son air bonhomme des dimanches, les rues sentaient la fine cuisine, la frangipane, le poulet, la famille. Un couple passa, l'homme portait une pâtisserie enveloppée dans du papier glacé, il la portait par une ficelle rose passée à son petit doigt. »

Le sort de l'Europe était en jeu, durant cette semaine cruciale, mais Sartre ne perd pas de vue la petite ficelle rose !
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7 internautes sur 8 ont trouvé ce commentaire utile 
la lutte intérieure 12 février 2006
Format:Poche
Le sursis est la deuxième nouvelle de la trilogie des "Chemins de la liberté".
Dans cet ouvrage, le lecteur est malmené parce qu'il doit passer de l'état d'âme d'un personnage à un autre. Quelquefois, sur la même ligne, d'une phrase à une autre nous sommes projetés à Marseille puis à Paris ou à Laon.
C'est comme si Sartre voulait plus que nous faire partager cette folie intérieure que suscite la menace d'une guerre imminente. Il veut nous faire vivre cette exaspération qu'elle engendre, il veut nous exaspérer nous-mêmes. Exacerbés par la peur, l'angoisse, les personnages luttent et nous luttons avec eux pour que tout ceci trouve un autre sens qu'une mort inéluctable, absurde. "Condamné à être libre", l'homme se heurte à son propre néant qu'il faut combler, dépasser. Mais alors, c'est le mur : la guerre, le non sens.
Ce livre n'est pas grossier, il est vrai, cru de vérité, touchant de sincérité. Les hommes ne veulent pas la guerre leur guerre intérieure leur suffit. Ils veulent la paix et ceux qui désirent la guerre ne semblent lutter que contre eux-mêmes, contre l'absurdité de leur propre vie.
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