Le paradoxe de ce livre, c'est le décalage pleinement assumé entre son faible volume, l'impression de dynamisme et de vitesse qu'il donne, impression qui s'accentue au fil des pages, et l'étalement dans le temps des événements qu'il relate: une vie, quoi, courte, mais tout de même. Vie irrémédiablement gâchée pour le malheureux Cuellar, entouré pourtant de l'affection de ses copains et de ses proches, plutôt à l'abri du besoin, énergique et certainement beau garçon. Pourtant, malgré ces conditions favorables, s'élabore une implacable sanction sociale qui le marginalisera totalement, jusqu'à la nouvelle de sa mort, reçue sans réelle surprise et dans une indifférence commençante. Les procédés d'écriture employés par Vargas Llosa (passage constant du "nous" au "il", dialogues amalgamés au récit) permettent de percevoir comment le sujet social, avec ses valeurs et son idéologie, se différencie peu à peu du groupe chaleureux et complice.Il y a là, loin de tout réalisme, une stylisation intéressante qui amène à la réflexion morale.