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4.0 étoiles sur 5
Vintage, 28 février 2012
Ce commentaire fait référence à cette édition : Les Chroniques de Conan : 1970-1974 (Comic)
Ce recueil, le premier de la collection dédiée à la série "Savage Sword Of Conan", se décompose comme suit :
- Cimmérie (Cimmeria - Conan Saga : 1973), une courte anthologie de cinq pages mise en image à partir d'un poème de Robert E. Howard. Les dessins sont de Barry W. Smith et Tim Conrad. Conan évolue dans sa contrée natale.
- La Venue de Conan (The Coming of Conan - Savage Sword of Conan #222 : 1994), 20 pages. Il s'agit d'un remake du tout premier épisode de la série "Conan the Barbarian" sorti en 1970. Soit une ½uvre tardive du grand John Buscema, celui qui a popularisé le personnage dans le monde des comics. L'épisode original était l'½uvre de Roy Thomas et B. W. Smith.
- La Nuit des Géants du Gel (The Frost Giant's Daughter - Savage Tales #1 : 1971), 12 pages. Texte de Roy Thomas, dessin et encrage de B. W. Smith. Cette aventure a également été publiée dans la série "Conan the Barbarian" #16 (juillet 1972).
- Clous Rouges (Red Nails - Savages Tales #2 et 3 : 1973-1974), 58 pages. Scénario de Thomas, dessin et encrage de B. W. Smith.
Ces deux histoires ont été publiées en couleur (remasterisées) par les éditions Soleil dans la collection
Conan l'Intégrale, Tome 2 et 4.
- Dieu de ténèbres (Night of the Dark God - Savage Tales #4 : 1974), 21 pages. Scénario de Thomas, dessin de Neal Adams et encrage de Gil Kane.
- Le secret de la rivière au crâne (Secret of Skull River - Savages Tales #5 : 1974), 20 pages. Scénario de Thomas, dessin de Jim Starlin et encrage d Al Milgrom.
- L'anathème du mort-vivant (Curse of the Undead Man - Savage Sword of Conan #1 : 1974), 18 pages. Scénario de Thomas, dessin de John Buscema et encrage de Pablo Marcos.
- Le colosse noir (Black Colossus - Savage Sword of Conan #2 : 1974), 36 pages. Scénario de Thomas, dessin de John Buscema et encrage d Alfredo Alcala.
- Le pic du Dieu-lune (At the Mountain of the Moon God - Savage Sword of Conan # 3 : 1974), 23 pages. Scénario de Thomas, dessin de John Buscema et encrage de Pablo Marcos.
- Les démons des cimes (Demons of the Summit - Savage Sword of Conan #3 : 1974), 12 pages. Scénario de Thomas et dessin de Tony De Zuniza.
- L'Ere Hyboréenne, adaptée d'un essai de Robert E. Howard (The Hyborian Age - Savage Sword of Conan # 7 et 17 : 1975/1977), 38 pages. Il s'agit d'un historique de la mythologie liée au monde de Conan, des premiers âges à l'an 9500 avant J.C. Ce passage, écrit par Roy Thomas et dessiné par Walter Simonson, se situe quelque part entre le récit illustré et la bande dessinée.
Côté bonus : un article d'époque signé Lin Carter, célèbre romancier américain de science-fiction et de fantasy, ainsi qu'éditeur et critique. Un autre article de Roy Thomas, ainsi que les couvertures originales.
Dès les années 60, le scénariste Roy Thomas nourrit le rêve de transposer l'univers créé par Robert E. Howard en une série de comics. Puisqu'il travaille au sein de la Marvel, son grand manitou, Stan Lee, ne voit pas d'un bon ½il la publication d'un personnage à ce point différent des super-héros maison, comme "Spiderman" ou les "4 Fantastiques". Il faudra attendre le lancement d'une ligne de comics pour adultes avant que Thomas obtienne le feu vert...
Plusieurs séries dédiées au personnage écumeront les années 70 et 80, toutes écrites par Thomas. Le scénariste et les dessinateurs qui l'accompagnent développent l'univers visuel du barbare en s'adjoignant les couvertures de Boris Vallejo, lui-même très inspiré des illustrations de Frank Frazetta, ce dernier ayant popularisé la figure de Conan dans les années 60. Le travail de l'équipe est dans la droite lignée d'Howard et Frazetta. Le "comic-code" les oblige à édulcorer un peu cet univers puissamment violent et érotique mais ils parviennent tout de même, notamment à travers la série "Savage Sword Of Conan", à imposer la dimension iconique et sans concessions de "l'âge Hyborien". Certains dessinateurs, John Buscema en tête, réussissent à saisir l'ambiance des écrits d'Howard. Le Conan de Buscema est une montagne de muscles aux yeux de braise et à l'allure sauvage. L'atmosphère poisseuse et vénéneuse des écrits d'Howard est bien retranscrite, sans oublier sa dimension érotique. Soit un monde cruel et angoissant, glauque et viscéral.
Il faut avoir le goût des "oldies", ou du "vintage", comme on dit aujourd'hui, pour apprécier ces créations. Bien qu'elles accusent le poids de l'âge et paraissent un peu surannées, il faut leur reconnaître un superbe travail de reconstitution mythologique. C'est à travers ces séries que les lecteurs se sont définitivement fait une idée visuelle de la mythologie Hyborienne et de l'heroic fantasy barbare destinée aux adolescents et aux adultes. Tous les archétypes du genre ont été entérinés dans les pages de ces comics légendaires. On peut dire de Roy Thomas et de ses collaborateurs qu'ils ont véritablement creusé les sillons de l'heroic fantasy en bande-dessinée.
Il faut préciser par ailleurs que la "fantasy" selon Howard est encore bien différente de celle d'un "Seigneur Des Anneaux". Il n'y a ni dragons, ni elfes, ni Seigneurs des ténèbres dans le monde de Conan. Mais des tribus et des peuplades guerrières plus ou moins civilisées. La magie est bien présente, mais opère davantage dans le monde du surnaturel : morts vivants et goules côtoient quelques reptiles géants et des créatures quasi-abstraites, bien plus proches de la "dark Fantasy" à la Lovecraft (ami intime d'Howard...) que d'une iconographie à la "Donjons et dragons".
Comparé aux comics de super-héros de l'époque, les séries liées à Conan diffèrent radicalement. Elles sont bien plus violentes. Les personnages s'expriment clairement, dans un langage médiéval poussif mais sans avoir recours aux bulles de pensées, ils ne se présentent pas eux-mêmes à la troisième personne et ne commentent pas leurs moindres faits et gestes. Et surtout, ils tuent ! Têtes tranchées, personnages brûlés vifs, sang qui gicle et sabres transperçant les corps abondent, notamment dans la série "Savage Sword of Conan", la plus adulte de toutes.
Afin d'adapter au mieux les nouvelles desquelles il s'inspire, Roy Thomas a tendance à les paraphraser en plaçant de nombreux encarts de texte un peu partout dans les vignettes. On a du coup l'impression de revenir à une sorte de version "archaïque" de la bande dessinée, telle qu'elle paraissait dans les
Tarzan que le dessinateur Burn Hogarth adaptait dans les années 40. Celui-ci se contentait de mettre le texte d'E. R. Burroughs sur ses dessins, sans aucune bulle de dialogue ! Le travail de Roy Thomas peut parfois rappeler cette période, pour un résultat tout de même beaucoup plus fun.
Le plus grand plaisir que procure ce volume, outre sa très belle couverture cartonnée, réside dans les dessins eux-mêmes. Ces superbes planches en noir et blanc et en grand format vous tendent les bras ! Contrairement aux autres tomes de la collection, celui-ci ne regroupe pas seulement les épisodes de la série "Savage Sword of Conan". On y trouve d'autres récits introductifs au monde de Conan mais aussi les cinq premiers épisodes de la série "Savage Tales". Cette série était destinée au lancement de certains concepts. Le concept d'une adaptation dédiée au personnage de Conan s'étant révélé concluant, celui-ci quitta donc les "Savage Tales" au bout de cinq épisodes pour obtenir sa propre série. On se retrouve pour le coup avec deux bijoux graphiques : "La Nuit des Géants du Gel" et "Les Clous Rouges", dessinés et encrés par le talentueux Barry W. Smith, qui inaugura la naissance du personnage dans le monde des comics. Je souligne l'importance de l'encrage, car il est très important dans cette collection en noir et blanc. Pour en être convaincu, il suffit de comparer tous les épisodes dessinés par John Buscema. Celui encré par Alfredo Alcala, grand maître du noir et blanc gothique en bandes dessinées, se hisse très largement au dessus du lot. D'autres épisodes, notamment celui dessiné par Neal Adams mais encré par Gil Kane, doivent ajouter une "semi-colorisation" au lavis pour tirer leur épingle du jeu. Mention spéciale à l'épisode entièrement illustré par Tony De Zuniza, somptueux, mais risque de tirer la gueule à la vision des immondes planches de Walt Simonson...
En réalité, le gros problème de cette collection vient surtout de la traduction catastrophique de Genevieve Coulomb... Malgré tout, elle n'arrivera pas à entacher une compilation vintage aussi fabuleuse !
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