"Les Clowns" est à l'origine un téléfilm, finalement sorti au cinéma au début des années 70. Si, à l'évidence, il est moins ambitieux que "Satyricon" (sorti juste avant) ou que "Fellini Roma" (sorti juste après), il n'en reste pas moins intéressant et même intrigant par moments. En effet, "Les Clowns" inaugure une sorte de trilogie dans laquelle Fellini revisite son enfance et son adolescence (mais comme on est chez Fellini, les souvenirs sont largement fantasmés !) : suivront "Fellini-Roma" (1972) et, surtout, "Amarcord" (1973), point d'orgue non seulement de cette trilogie, mais du cinéma de Fellini tout entier.
"Les Clowns" est donc clairement une oeuvre mineure en regard de ses illustres suivants, mais qui ne manque pas de qualités.
Sous couvert de produire un documentaire, on suit Fellini (en personne !) et son équipe, sur les traces de clowns célèbres. Leurs pérégrinations les mènent jusqu'à Paris. Très vite, le documentaire vire à la fiction (Fellini recrée des moments entiers de son enfance, sortes de répétitions générales avant le chef-d'oeuvre "Amarcord"), l'enquête prend des chemins de traverse pour s'envoler vers un ailleurs qui est familier aux amoureux du cinéma de Fellini. Car on retrouve ici l'univers du Maestro qui nous est cher.
On est ému (et amusé à la fois) de retrouver, au détour de quelques scènes, et dix ans après "La Dolce vita", Anita Ekberg, icône fellinienne par excellence.
Il y a beaucoup de tendresse dans ce portrait d'un monde qui semble évaporé. Au final, cela ne donne peut-être pas un chef-d'oeuvre, mais en tout cas un joli film étrange, d'une infinie nostalgie, tantôt triste, tantôt gai, souvent mélancolique, alors qu'on aurait pu s'attendre à plus de gaieté avec un tel sujet. Mais avec Fellini, c'est une habitude : rien n'est jamais noir, rien n'est jamais blanc.