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7 internautes sur 8 ont trouvé ce commentaire utile
5.0 étoiles sur 5
LE `CONCERTO' FRANCAIS DU XVIII° : SPLENDEURS ET AMBIGUITES,
Par
Ce commentaire fait référence à cette édition : Les Concertos baroques français : Blavet, Boismortier, Buffardin, Corrette, Quentin (CD)
CES CONCERTI EN SONT-ILS ? MAIS DANS LE FOND, QUE NOUS IMPORTE-T-IL ?Durant la première moitié du XVIII° Siècle, le terme `Concerto' reste ambigu. Certes, les aeuvres de Vivaldi, par exemple, ou les concertos pour violon de Bach fixent le genre tripartite et le rôle du soliste que l'on retrouvera jusqu'à l'orée du XXI° Siècle et posent les questions formelles sous-jacentes (ex au XX° Siècle : les 3 concertos de piano et celui de violon de Bartók, concerto pour violon de Schoenberg, la plupart de ceux de Jolivet le concerto pour violon de Carter), les aeuvres `déviantes' sur la forme restent fidèles au genre sur le fond (Liszt, 4° de Saint-Saëns, Schoenberg/piano, Berg, Ravel/main gauche, Chostakovitch, Dutilleux, Ligeti ...). Un Beethoven, qui révolutionnera le quatuor à cordes et la sonate pour piano, restera prudent dans le domaine du concerto (l'innovation du 4° Concerto de piano - la courte intervention de soliste au début - existait déjà dans le K. 271 de Mozart). Ce qu'ila apporté, c'est la dimension symphonique et l'étrangeté quasi improvisée des mouvements centraux du 4° Concerto de piano et du concerto de violon - similaire à celle de la sonate pour piano op. 57, la `Waldstein'). Mais même chez Bach, on peut traduire `concertos brandebourgeois' ou `concerts brandebourgeois'. Cette ambiguïté (inhérente à la langue allemande) entre `Concert' et `Concerto' existe dans la musique française. Si par exemple les splendides Concertos pour violon de Leclair sont clairement dans la tradition évoquée, beaucoup d'aeuvres - dont celles enregistrées sur ce disque - souffrent de cette ambiguïté syntaxique... et stylistique. Naturellement, cette ambiguïté - qu'elle soit le fait de la volonté de l'auteur qui a le recul de l'histoire ou liée au fait que le genre était en gestation - n'est pas a priori un `défaut' mais au contraire peut conduire à des aeuvres singulières qui empruntent avec originalité et cohérence. Ceci est particulièrement vrai en France, où la sonate, la cantate (à l'italienne) et le Concerto sont importées d'Italie et secondairement d'Allemagne, (alors que le `concert' est un genre français - et anglais) et où la bataille entre nationalistes et partisans des `goûts réunis' - avec Couperin en porte-étendard faisait rage (ce combat portait aussi sur d'autres plans, comme l'art du chant, ou viole de gambe contre violoncelle). Ce disque réunit de très intéressants exemples. PETITS MAITRES ET GRANDE MUSIQUE. Ce disque révèle également un point que j'ai déjà souligné à propos d'un des auteurs enregistrés ici : l'intérêt des `petits maîtres' (Six sonatas for flute and harpsichord, Op.91 (Boismortier)). Ils n'atteignent certes pas le génie des `grands', mais ce sont très souvent des compositeurs accomplis dont les aeuvres peuvent nous fournir de grands plaisirs. Et par ailleurs, ils posent une question générique : l'art d'une époque se résume-t-il à celui de quelques génies supposés avoir créé un style `ex nihilo', ou existe-t-il un style typique d'où émergent ces génies ? Il n'y a évidemment pas de réponse générique, mais le seul fait de se poser la question prouve qu'il y a un intérêt certain à écouter ces `petits maîtres'. Ce disque contient des aeuvres excellentes, d'une grande inventivité mélodique et formelle, dont il serait dommage de se priver. D'un certain point de vue, même l'aeuvre qui suscite de ma part de fortes réserves (Corrette) traduit une certaine tendance artistique regrettable, mais qu'il faut connaître pour comprendre les `goûts' (bons et mauvais) de l'époque. Pierre-Gabriel BUFFARDIN (1690 - 1768) Ce compositeur mérite plus que le sort d'illustre inconnu qui lui est réservé. Le `vrai' concerto présenté ici, de type vivaldien, ne manque ni d'intérêt ni de charme. Dans le premier mouvement, les tutti sont vigoureux, relativement originaux et forment un harmonieux contraste avec les solos de flûte, charmants, souvent subtilement accompagnés par l'orchestre. Par courts instants, il faut bien l'avouer, le compositeur cède à la `formule toute faite' (gammes, arpèges), mais jamais au point de lasser ou traduire un vide de la pensée... et certaines aeuvres fort appréciées de Haendel, per exemple, en sont pleines ! Le mouvement lent est une longue mélodie pour flûte, que l'on dirait d'une seule coulée, dans un style typique du milieu du XVIII° siècle français mais en même temps originale voire complexe. Elle est accompagnée de bout en bout par les cordes pizzicato, et parfois doublée par une partie des cordes arco. Le dernier mouvement débute - comme le premier - par un tutti d'une belle énergie. Les solos de flûte conservent ce style, de sorte que finalement le mouvement semble plus homogène que le premier (mais c'est aussi la loi du genre).Les gammes et arpèges `passent' plus facilement dans ce style énergique. Mais incontestablement, le mouvement lent est le joyau de ce concerto ; les mouvements extrêmes sont son écrin. On réalise à l'écoute combien le grand talent des interprètes permet de mettre en évidence à la fois tel ou tel détail qui serait inaperçu, et la structure d'ensemble. La partition est à la fois fouillée et maîtrisée. Ceci est finalement un compliment tant pour le compositeur que pour les interprètes. Il faut croire que Buffardin est condamné à l'anonymat, car dans le catalogue Amazon, à part le présent disque, on trouve uniquement - attention à l'erreur ! - des aeuvres d'autres compositeurs interprétés par des flutistes ayant judicieusement décidé de se nommer `les buffardins'. Joseph BODIN de BOISMORTIER (1689 - 1755) J'ai dit à propos des sonates pour flûte et clavecin op. 91 (l'aeuvre ... la moins méconnue de ce compositeur) tout le bien que je pensais de lui (Six sonatas for flute and harpsichord, Op.91 (Boismortier)). Ce n'est pas ce concerto (pour violoncelle) op. 26 n°6 qui me fera changer d'avis. Il s'agit bien d'un concerto, mais à la différence du précédent (et de la plupart des concertos vivaldiens, voire d'époque bien ultérieures - Chopin, Rachmaninov), il ne s'agit pas d'une alternance de tutti et de long solos très légèrement accompagnés. Peut-être l'homogénéité des cordes joue-t-elle, mais on a le sentiment d'un concerto très équilibré, d'une écriture très resserrée entre soliste et orchestre. Si l'on cherche des influences étangères, ce concerto est plus d'esprit germanique qu'italien - mais beaucoup d'oeuvres françaises sont conçues dans cet esprit. On s'en étonne vu l'image superficielle que l'on se fait du compositeur et plus généralement de la musique française à cette époque (hors quelques génies considérés comme surannés, type Rameau). A cette qualité de l'écriture concertante répond une égale qualité de la musique, tout simplement. C'est un petit chef d'aeuvre que nous avons ici - petit parce que ne durant que 6' 20. Michel CORRETTE (1709-1795). Je connais ce compositeur depuis longtemps et sincèrement je ne le porte pas en très haute estime. Il est essentiellement connu pour ses 25 `concertos comiques' qui ne m'ont jamais fait sourire (je sais, le nom vient du fait qu'ils servaient d'intermèdes à la Comédie Française). Pire, ils ont éclipsé ses aeuvres `non comiques', de valeur - pour le peu que j'en connais (aeuvres pur orgue, par exemple). Le premier mouvement du concerto part des célèbres `Sauvages' des Indes Galantes de rameau - musique de qualité s'il en fut. Le début, très carré d'écriture, est fidèle. En revanche, là où Rameau nous entraîne dans ses somptueuses modulations fulgurantes et accords altérés dont il a le secret, Corrette nous sert des traits de virtuosité violonistiques assez creux - un peu comme le Liszt des pires paraphrases, mais Liszt savait introduire des originalités harmoniques, rythmiques, ou d'écriture que l'on chercherait en vain ici. Le second mouvement - clavecin avec cordes pizzicati et doublement occasionnel du `dessus' par la flûte déroule mécaniquement une musique sans le moindre intérêt mélodique, harmonique, ou rythmique. C'est le degré zéro de l'imagination. Il faudra attendre Ligeti et les minimalistes américains pour écrire quelque chose d'intérêt dans cet esprit (on aime ou on n'aime pas, that is another question). Dit (un peu plus) méchamment : ce sont les Variations Diabelli sans les variations de Beethoven - et encore je préfère le thème de Diabelli. Ironiquement, ce mouvement s'intitule `Quand on... 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7 internautes sur 8 ont trouvé ce commentaire utile
5.0 étoiles sur 5
Une splendide anthologie consacrée aux derniers feux du Concerto baroque français,
Par Mélomaniac (France) - Voir tous mes commentaires (#1 CRITIQUE au Tableau d'HONNEUR) (COMMENTATEUR N° 1)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Les Concertos baroques français : Blavet, Boismortier, Buffardin, Corrette, Quentin (CD)
Avec les instruments d'époque de son ensemble « Musica Antiqua » qu'il avait fondé à Cologne dix ans auparavant en 1973, Reinhard Goebel enregistra cet album qui reste à ma connaissance la plus belle anthologie consacrée au Concerto baroque français, dont on sait qu'il résista opiniâtrement à l'influence italienne malgré les voeux de « réunion des goûts » qu'avait formés François Couperin.La plupart des contributions au genre furent d'abord écrites comme musique d'entracte pour l'exécution des motets au Concert Spirituel, puis des représentations de la Comédie française (d'où l'appellation de "Concerto comique" de Corrette, qui exploite ici dans le n°25 le célèbre « air des Sauvages » qu'utilise Rameau dans ses "Indes Galantes"). Le splendide "Concerto à 5" de Buffardin met en valeur la virtuosité éblouissante de Wilbert Hazelzet à la flûte traversière. Les autres oeuvres révèlent la rigueur stylistique des archets réunis autour du violon de Goebel dans des pièces qui, outre une vélocité sans faille, nécessitent un goût très sûr pour servir les ultimes vestiges de ce "Grand Siècle" qui privilégiait la noblesse du ton et l'élégance des formes. Elles sont ici animées par une sensibilité qui vibre déjà d'une émotion préromantique, comme l'illustre le sentiment élégiaque du sublime adagio du Concerto opus 12 de Quentin le Jeune. Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5
Très beau florilège,
Par
Achat authentifié par Amazon(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Les Concertos baroques français : Blavet, Boismortier, Buffardin, Corrette, Quentin (CD)
Je n'aurais pas la prétention de commenter aussi bien ce disque que les deux commentaires précédents.J'y apporterai juste mon impression de mélomane amateur et amoureux du baroque. Un enregistrement de Reinhard Goebel, c'est un gage de qualité. Qui plus est avec ses comparses du Musiqua Antiqua Koln, ce superbe ensemble qui nous a fait découvrir avec bonheur les "petits maîtres" de l'Europe centrale du siècle des lumières. Mais un disque de Goebel consacré au baroque français, voila qui est plus rare et qui peut attiser la curiosité. D'autant que les cinq compositeurs qui sont portés ici au disque sont peu voir pas connu du tout. Pierre Gabriel Buffardin livre un superbe concerto à 5 qui puise son inspiration dans le concerto vivaldien, à n'en point douter. Joseph Bodin De Boismortier, qui fut un prolifique compositeur et un mélodiste géniale, nous offre ici un concerto remarquable qui tend vers des intonations plus clacissisantes. Je passerai sur Michel Corrette qui est un peu plus léger et qui reprend comme souvent des airs d'autres compositeurs dont il adapte des variations, ici les fameux "sauvages" des indes galantes de Rameau. Jena Baptiste Quentin, mort très jeune et c'est bien dommage, livre une sonate et un concerto pour violon du niveau d'un Jean Marie Leclair. Enfin Michel Blavet et son concerto à quatre parties indique le caractère virtuose de flutiste du compositeur. Ces cinq compositeurs sont heureusement sortis de l'oubli et se dégage de ces oeuvres une atmosphère radieuse et mélancolique à la fois, à l'image du tableau de Fragonard qui orne la jolie pochette du CD. Les interprètes sont commme presque toujours irréprochables, la prise de son impeccable. C'est avec un rel plaisir et une écoute sans ennui que l'on se délecte de ces mélodies suaves et élégantes, alliant la danse française et la virtuosité italienne, les fameux "gouts réunis" dont Couperin s'était fait le précurseur une génération plus tôt. Vous complèterez ce créneau avec les concertos de Jean Maris Leclair Leclair - Concertos pour violon ou les sonates de Mondonville Six Sonatas & Symphony et vous aurez ainsi une vision de l'apport français au concerto au XVIII eme siècle. Pour ma part j'adore. Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
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