Etats Unis, 1831. Dans la Virginie rurale, Nat Turner, esclave noir lettré attend son procès puis son exécution. Il a été le leader d'une révolte d'esclaves qui a tué une cinquantaine de blancs (hommes, femmes, enfants...) et entrainé une répression contre les noirs encore plus meurtrière. Enchainé dans sa prison, il se remémore sa vie, ses rencontres, ce qui l'a poussé à la révolte.
William Styron est surtout connu pour l'énorme et génial « Choix de Sophie », qui associait les thèmes de la Shoah, de la passion, de la folie et des premiers émois amoureux. Cette « confession », publiée douze ans auparavant, est encore un immense roman.
Le style est simple et très agréable. La forme est un assemblage de flash-back bien maîtrisé.
Mais surtout le plus important, c'est le thème et son contexte. Styron, blanc lui-même originaire de Virginie, décrit les horreurs de l'esclavage (familles séparées et vendues comme du bétail, viols, maltraitance, travail abrutissant, maintien dans l'illettrisme et l'ignorance, misère sexuelle et affective...) et des esclavagistes, mais aussi les travers des « bons blancs » (paternalisme, esprit de supériorité...) et de son héros (prophétisme religieux, tueur d'innocents). Il s'attache plus à décrire très précisément un contexte et des causes, que défendre ou accuser les uns et les autres.
Ce roman est le prix Pulitzer 1968, année de la mort de Martin Luther King, des athlètes noirs levant le poing sur le podium des JO de Mexico, des émeutes noires qui ont ravagé de nombreuses villes. Il a valu à son auteur les critiques violentes des extrémistes noirs comme blancs, mais aussi le soutien de grandes personnalités noires comme les écrivains James Baldwin ou Ralph Ellison.
Il renvoie surtout les uns et les autres devant leurs responsabilités, mettant en avant l'impasse que représente la violence et les préjugés et participant à l'amorce d'une démarche qui finalement permettra l'élection d'Obama 40 ans plus tard.
Très grand livre, à lire.