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13 internautes sur 13 ont trouvé ce commentaire utile
5.0 étoiles sur 5
Ivre des coups et du désenchantement,
Par LD (Paris, France) - Voir tous mes commentaires (TOP 10 COMMENTATEURS) (COMMENTATEUR DU HALL DHONNEUR)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Les Coups durs (DVD)
Les Coups durs, film du retour de John Huston aux Etats-Unis au début des années 70, et meilleur film de cette décennie pour son auteur avec L'Homme qui voulut être roi et Le Malin, est plus connu sous son titre original de Fat City.La Fat City, ce n'est pas Stockton, en Californie, dont quelques plans en fondu-enchaîné nous montrent dans l'avant-générique que cette Amérique-là est, pour reprendre les termes de Huston, "aussi loin de Hollywood que l'Afghanistan". Fat City, ce n'est pas non plus la ville des empâtés, même si le personnage de Billy Tully (Stacy Keach), boxeur déchu de 29 ans qui fait au moins dix ans de plus, l'est déjà passablement. Non, Fat City, c'est l'Eldorado, la ville des illusions dans laquelle on ne manquera pas de vivre dès qu'on aura réussi à percer. Ce lieu qui n'existe pas, ou en tout cas qu'aucun de ces personnages ne verra jamais, on l'aura à la rigueur entr'aperçu, et on passera sa vie à revenir sur ce moment. Le titre est donc une antiphrase: les illusions sont forcément perdues; les rêves sont voués à se briser. Rien d'étonnant à voir Huston se pencher sur une énième histoire d'échec et de personnages fracassés. A ce propos, voir mon commentaire sur l'excellent coffret réunissant Le Malin & Au-dessous du volcan. Cette histoire de boxeur de dernière catégorie, sur le retour après avoir été laminé lors d'un combat perdu dont il rend son manager coupable, signait donc le retour de Huston aux Etats-Unis, mais également à un sujet qui lui était très proche. Ce que Huston éclaire dans un entretien avec Michel Ciment (in Passeport pour Hollywood): "Cela a suscité en moi des émotions étranges... c'était comme un voyage sentimental à l'époque de ma jeunesse, au temps où j'essayais de devenir boxeur et où je me passionnais pour les combats... Beaucoup des gens que j'ai connus se retrouvent dans le film (...) C'était donc une sorte de retour nostalgique à la maison de ma jeunesse, qui donne au film un ton particulier". Certes, les excellents films américains sur et autour de la boxe sont légion, de Body and soul de Robert Rossen à Million Dollar Baby de Clint Eastwood, en passant par Nous avons gagné ce soir de Robert Wise et Raging Bull de Martin Scorsese. Tous, peu ou prou, traitent de l'échec. Mais aucun ne le fait en se débarrassant autant de la mythologie liée aux combats de boxe, même si chacun, à sa façon, a un parti-pris d'âpreté et de véracité, voire de réalisme. Fat City n'est donc pas tant un film sur la boxe qu'un film sur les perdants du rêve américain, sur ces êtres broyés dès qu'ils mettent un doigt dans l'engrenage qui leur fait croire qu'ils pourraient tirer leur épingle du jeu. Question d'époque sans doute, Huston réalisant en 1972 un film très proche des oeuvres plus ouvertement réalistes et démythifiantes produites par les auteurs du Nouvel Hollywood, comme par exemple Scarecrow / L'Épouvantail de Jerry Schatzberg (voir mon commentaire sur ce film). La grande intelligence du script est de ne pas se focaliser uniquement sur le personnage de Billy Tully, sa dérive et sa volonté de revenir sur le devant de la scène. Sa rencontre avec Ernie Munger (Jeff Bridges), 18 ans, qu'il incite à aller voir son manager et à devenir boxeur professionnel, pourrait donner lieu à une histoire de mentor prenant sa revanche par procuration. Il n'en est rien. Les deux histoires, celle des premiers combats d'Ernie, et celle de la dérive de Billy avant qu'il ne décide de combattre à nouveau pour de bon, se déroulent en parallèle, et finissent par se croiser sans que les liens soient trop évidents. Si l'on peut trouver certaines scènes centrales, celles de la rencontre et de la vie de Billy avec une pochtronne un peu geignarde (Susan Tyrrell), irritantes - et n'ayant pas le quart de l'intensité de certaines scènes proches chez John Cassavetes - la façon dont le film va vers sa fin est absolument admirable, sans parler de la scène finale en elle-même, d'une grande sécheresse pourtant mêlée de compassion. Le désenchantement est sensible partout. Les situations du "vieux" boxeur et du plus jeune à qui il a mis le pied à l'étrier sont en miroir: "ces pauvres diable n'ont pas l'ombre d'une chance", commente Huston. Autre grand atout du film: la photographie de l'immense chef-opérateur Conrad Hall (déjà auteur de l'admirable photo de De sang froid de Richard Brooks ou de Willie Boy d'Abraham Polonsky). Dixit Huston: " Je ne voulais donner à rien une apparence flatteuse. Je voulais que tout se situe dans une gamme de couleurs qui ne soit jamais frappante mais qui donne - inconsciemment, je l'espère - une impression de beauté, mais sans que rien soit une simple distraction pour l'oeil, qui s'interposerait entre le spectateur et les sentiments et les pensées des personnages." Réussite totale, car c'est absolument ce que l'on perçoit. Il faut dire que c'était une époque où la volonté de réalisme n'était pas synonyme de laisser-aller esthétique, et où la captation du réel était en fait sa recréation. Aucune paresse dans ce réalisme qui n'a rien de cru, qui est parfaitement travaillé, l'oeil de Conrad Hall y étant sans doute pour beaucoup, comme celui de Vilmos Zsigmond dans L'Epouvantail, sans parler de celui de ces réalisateurs épris de beauté (même si elle ne devait pas pour eux se mettre en avant). Au total, un des très grands films de Huston, et une des oeuvres les plus représentatives du cinéma des années 70. Un de ces films où c'est la matière humaine qui compte avant tout, et où la volonté de réalisme, même poussée assez loin, n'est pas au détriment de la transfiguration du réel par l'art. Une façon sensible de faire sentir la fragilité de l'être humain, qui poursuit des rêves chimériques qui ne manqueront pas de le détruire à petit feu, qu'il y ait vraiment cru ou non. Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
5.0 étoiles sur 5
Fat City.,
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Les Coups durs (DVD)
Sans doute un des meilleurs films de John Huston, âpre, sombre, et tellement humain... La survie et la solitude de deux anti-héros terriblement touchants. L'autodestruction de deux êtres bouffés par un monde qui nous veut forts, insensibles aux autres, arrivistes. Huston l'avait déjà compris, il y 40 ans... Bouleversant!
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