Il était important d'écrire un tel ouvrage, puisque nous n'avons jamais eu que la version "croisée" de ces expéditions déméntes qui entrainaient seigneurs de guerres, soldats, chevaliers, princes, hommes d'église mais aussi aventuriers, mercenaires, condamnés de droit commun,chercheurs de fortunes, mercenaires, femmes, enfants, vieilards !! Les motivations de tous ces gens étaient diverses : religieuses, quête d'absolution, mais aussi soif de pouvoir, recherche de biens et de terres, de combats pour "fendre" du sarazin avec la bénédiction de l'église. Les croisades rapportées du côté "envahisseur" sont extrêmement bien documentées (cf sur ce site les ouvrages remarquables de R. Grousset, ou de G. Bordonove). Comme vous le verrez ces deux auteurs restent totalement impartiaux vis à vis des belligérants. Jamais de parti-pris. C'est également le tour de force réussi par A. Maalouf. Saluons tout d'abord son EXCEPTIONNELLE DOCUMENTATION : vous la découvrirez au fil de pages : les différentes dynasties arabes, turques, seldjoukides, sont un véritable enchevêtrement ou le lecteur se perd plus d'une fois. Les faits sont rapportés avec une exactitude historique qui correspond parfaitement à celle des auteurs précédemment cités : les divisions et les luttes fratricides du monde arabe, les violences des deux camps, la sauvagerie de certains croisés (au moins ce fait est assez bien rapporté dans "Kingdom of heaven", mais c'est bien tout). Imaginez une horde de 100 à 300 000 êtres, qui traversent des contrèes hostiles ou non : c'est qu'il faut nourrir tout ce monde ! Alors on reçoit (cadeaux de complaisance pour hâter le passage de la troupe loin de ses terres), on prend, ou on pille, pour survivre et réaliser cet incroyable voyage ! Mais A. Maalouf décrit aussi sans complaisance les divisions, les fausses alliances, les armées de secours arabes qui rebroussent chemin, contre un enemi toujours inférieur en nombre absolu, mais décidé, et au moins au début de ces "épopées", plus courageux, et ingénieux (machines de guerres, fortifications érigées rapidement pour protéger les acquis). Plongez dans le temps, et regardez Godeffroy, et tous ses contemporains plus forcémment comme des conquérants, mais peut être un peu plus comme des envahisseurs.