Nous sommes quotidiennement confrontés à des décisions qui nous semblent contraires au bon sens. Pour certains de ces choix, cette impression est une simple erreur de perception : ils nous apparaissent infondés parce que nous ne disposons pas des clefs d'interprétations qui nous les rendraient intelligibles. Mais il existe également une catégorie de décisions qui conduisent inévitablement dans le mur et dont on s'étonne, sur le moment et après coup, qu'elles aient pu émerger comme un choix possible. Ce sont à ces décisions absurdes que Christian Morel consacre son essai de sociologie des erreurs radicales et persistantes.
Christian Morel aborde le sujet de manière pragmatique en prenant soin d'illustrer son propos à l'aide d'exemples qu'il décrit et commente longuement, notamment : un accident aérien, l'explosion de la navette challenger en 1986, la construction du pont de la rivière Kwai ou encore la manière de concevoir des transparent projetables.
Selon l'auteur, les décisions absurdes ont trois origines possibles:
1) une erreur de raisonnement, une faille logique
2) un processus de groupe qui conduit à un résultat médiocre ou catastrophique
3) une perte radicale du sens : on accorde alors plus d'importance au moyen qu'au but, ce qui est soit dit en passant, une des définitions classiques de la sottise en philosophie.
Les points fort de ce livre sont:
1) la clarté de l'écriture qui, couplée à l'absence de jargon, rend la lecture distrayante,
2) l'utilisation des exemples qui illustrent le propos de manière idoine
3) l'approche par le terrain plutôt que par une théorisation de l'erreur