Perdre ses parents c'est toujours dramatique et traumatisant pour des enfants en relatif bas âge. Certes il y a la perte, mais il y a surtout ce que l'on trouve à la place. Et là les malheurs s'accumulent et ce ne sont pas des malheurs de Sophie, surtout quand il y a une grosse fortune derrière les gosses. Il y a toujours un Conte prêt à tout pour récupérer le magot. Et c'est l'errance de ces trois gamins qui nous est contée et décrite dans le moindre détail. Si les enfants ne sont pas horrifiés par ces malheurs, ou terrorisés par ces horreurs, ou encore purement et simplement choqués par ces terreurs, c'est qu'ils n'ont plus le sens de l'humour et encore moins des dangers de la vie réelle. Tout y passe : les serpents gigantesques, les grands précipices, les abîmes, les lacs insondables, les grottes, les caves, les enfermements à double tour, les sangsues géantes, le train qui va vous emporter au paradis sur un passage à niveau, etc., etc. Et même bien sûr une petite visite à Beetlejuice et le mariage forcé : très charmant, sans compter les acteurs dans le film qui jouent à être des acteurs sur une scène et à produire une pièce qui est réelle alors qu'elle a toutes les caractéristiques du faux. On n'en finirait pas d'en commencer d'approcher peut être d'une fin de cette liste insoutenable des malheurs de ces trois gosses. Mais la leçon c'est que des enfants s'en sortent toujours à condition qu'ils sachent inventer des tours pendables, comme jouer avec un serpent géant ou faire des pâtes dans un crachoir, à condition qu'ils sachent lire comme de vrais rats de bibliothèques, y compris à l'envers et en déchiffrant des codes secrets, et à condition qu'ils sachent mordre, avoir du mordant, y aller de la dent chaque fois que quelque situation craquante vous fait l'honneur de vous offrir une réplique mordante. Et encore plus important que tout cela, les gosses doivent savoir se créer des sanctuaires de recueillement et d'isolation où les adultes ne peuvent pas pénétrer : ils sont alors des dieux, des rois, et mêmes des sorciers capables de bouger des montagnes.
Dr Jacques COULARDEAU, Université Paris Dauphine & Université Paris 1 Panthéon Sorbonne